Seattle Times et Newsday poursuivent OpenAI et Microsoft : ce que dit la plainte
Le Seattle Times et Newsday attaquent OpenAI et Microsoft devant la justice fédérale de New York et demandent la destruction des modèles entraînés sur leurs articles.

Vendredi 4 septembre 2026, en fin de journée à New York, The Seattle Times Company et Newsday LLC ont déposé une plainte de 38 pages contre OpenAI et Microsoft devant le tribunal fédéral du district sud de New York (dossier 1:26-cv-07644 sur CourtListener). Le document vise neuf entités juridiques d'OpenAI et son partenaire historique Microsoft, accusés d'avoir copié sans autorisation des années de journalisme pour entraîner ChatGPT et Copilot, puis d'en restituer des passages en réponse aux requêtes. Reuters a rapporté le dépôt le lendemain, repris par TechCrunch puis par The Verge dimanche ; le Seattle Times, lui-même plaignant, en a parlé dès vendredi soir dans sa propre couverture signée Alex Halverson.
Deux grands quotidiens régionaux entrent donc dans un contentieux dominé jusqu'ici par le New York Times et les éditeurs nationaux. Ils demandent des dommages et intérêts, mais surtout une mesure radicale : la destruction de toutes les copies de leurs œuvres, des jeux de données et des modèles qui les intègrent.
Qui sont les plaignants, et pourquoi ce dépôt fait date
Les deux maisons ne sont pas des inconnues. Fondé en 1886, le Seattle Times couvre le nord-ouest américain avec du journalisme local, régional et national salué par les prix ; Newsday, fondé en 1940, dessert Long Island et New York depuis Melville, dans l'État de New York. La plainte rappelle que les deux journaux totalisent 30 prix Pulitzer, dont 19 pour Newsday depuis 1954, trois médailles d'or du service public comprises, la plus haute distinction du journalisme américain.
Le dépôt a une facette embarrassante pour les défendeurs. Microsoft Philanthropies finance certains projets journalistiques du Seattle Times, et les deux entreprises accusées ont financé à hauteur de 10 millions de dollars le programme de bourses IA du Lenfest Institute auquel le journal a participé en 2024, pour des projets de durabilité économique et d'usage de l'IA dans la rédaction. Le journal maintient son indépendance éditoriale, précise sa couverture, mais TechCrunch a souligné ce paradoxe dès le lendemain du dépôt.
« Ce n'était pas une décision facile », écrit Alan Fisco, président et directeur général du Seattle Times, dans un courriel aux employés cité par le journal. Le dirigeant ajoute que la plainte ne vise pas à freiner l'innovation, mais « à faire en sorte que l'innovation ne se fasse pas au détriment de notre modèle économique ».
Nous avons le sentiment de devoir défendre nos contenus, que nous dépensons chaque année des millions de dollars à produire, contre toute utilisation sans notre consentement ni notre compensation.Alan Fisco, président et directeur général du Seattle Times · courriel aux employés, 4 septembre 2026 · traduit de l'anglais
La presse locale n'en est pas à son premier procès. Selon le récit du Seattle Times, les quotidiens du groupe Alden Global Capital ont poursuivi OpenAI dès 2024, et 35 éditeurs regroupant plus de 400 journaux communautaires ont déposé plainte l'an dernier. Ce qui change ici, c'est le rang des plaignants et le front commun : deux grands quotidiens métropolitains régionaux, alliés dans une même plainte conjointe contre OpenAI et Microsoft.
L'action du 4 septembre est distincte de la coalition de « près de 400 journaux locaux » que The Verge mentionne en rappel. Cette coalition a été déposée le mercredi 24 juin 2026 devant le même tribunal fédéral de Manhattan (dossier 1:26-cv-05320), menée par l'éditeur de Long Island Richner Communications aux côtés de 34 autres groupes de presse régionale, de l'Arkansas Democrat-Gazette aux journaux Wick et Ogden, représentés par l'ancien procureur général du New Jersey Matthew Platkin, selon Courthouse News. Les deux plaintes visent les mêmes entreprises sur des mécanismes proches, mais elles ont des plaignants, des avocats et des chefs différents.
Ce que la plainte reproche à OpenAI et Microsoft
La plainte (à lire en PDF intégral) décrit une chaîne méthodique. Les défendeurs auraient d'abord copié les articles en scrapant les sites des journaux, en contournant les paywalls, puis en intégrant les copies dans des jeux de données à grande échelle dérivés notamment de WebText, WebText2, Common Crawl et de l'index de recherche de Bing. Les outils d'extraction « Dragnet » et « Newspaper », que la plainte dit issus des travaux d'OpenAI, auraient amputé les copies de leurs informations de gestion des droits : titres, noms d'auteurs, mentions de copyright. Les modèles entraînés stockeraient ces contenus et les restitueraient verbatim à la demande, tandis que les produits continuent d'en faire de nouvelles copies pour leurs fonctions de recherche à base de RAG.
Il y a des chiffres. Selon des données d'industrie citées par la plainte, le trafic de recherche à destination des quotidiens régionaux et métropolitains de taille intermédiaire, comme les deux plaignants, a reculé d'environ 47 % entre décembre 2024 et décembre 2025, contre environ 22 % pour les grands éditeurs nationaux. La plainte rappelle aussi qu'un marché de licence existe bel et bien : OpenAI a signé des accords avec plus d'une douzaine d'organisations de presse (Associated Press, News Corp, Axios, Axel Springer, The Atlantic, Financial Times, Dotdash Meredith, Vox Media), et, selon des rapports publics cités par le document, a payé plus de 300 millions de dollars pour les trois seuls accords dont les termes ont été divulgués. Un accord que les défendeurs n'auraient jamais proposé aux plaignants.
Sept chefs d'accusation en découlent : contrefaçon directe, contrefaçon vicariaire visant Microsoft et certaines entités OpenAI, deux chefs au titre du DMCA pour le retrait et la distribution d'œuvres amputées de leurs informations de droits, et trois chefs de dilution de marque, respectivement fondés sur la loi fédérale, la loi de l'État de Washington et la loi de l'État de New York. Ce dernier volet est original : la plainte reproche aux produits de « halluciner » des contenus fabriqués qu'ils attribuent aux journaux, ternissant des marques que la justice doit protéger.
La demande de destruction des modèles, déjà formulée par le New York Times
C'est la partie la plus spectaculaire de la demande, et elle n'est pas nouvelle. Les plaignants réclament, en vertu du 17 U.S.C. § 503, la mise sous séquestre et la destruction de toutes les copies de leurs œuvres, mais aussi de tous les grands modèles de langage et jeux de données d'entraînement qui intègrent ces œuvres ou en dérivent. C'est exactement le type de remède que le New York Times demandait dans sa propre plainte, avec un réentraînement sur des données propres, et que le département de la Justice vient de contester en plaidant le fair use devant le même tribunal. S'y ajoutent des dommages statutaires, des dommages réels et les profits des défendeurs, des dommages pour chaque violation du DMCA, une injonction permanente et, pour la dilution commise de mauvaise foi, jusqu'à trois fois les profits selon les lois d'État citées. Le tout devant un jury, que les plaignants demandent expressément.
Le Seattle Times poursuit OpenAI. « Comme un serpent qui mange sa propre queue, l'IA générative entraînée sur des contenus patiemment documentés et coûteux à produire menace de détruire les organisations d'information mêmes qui ont produit ces contenus, en leur faisant directement concurrence à travers des contenus de substitution générés par IA. Si les défendeurs sont autorisés à réussir, le journalisme indépendant, tel que le produisent les plaignants, aura du mal à survivre. »Voir le post sur X
Le dépôt nourrit aussitôt le débat sur le paradoxe du financeur devenu défendeur.
Encore des procès sur l'IA, et celui-ci a une facette intéressante : le Seattle Times et Newsday poursuivent OpenAI et Microsoft, accusant les entreprises d'avoir entraîné leur IA sur leur journalisme ; mais Microsoft et OpenAI sont des financeurs du Seattle Times. La plainte allègue que les entreprises ont scrapé des centaines de milliers d'articles des deux journaux, en contournant les paywalls et en ignorant les conditions d'utilisation, pour entraîner leurs modèles d'IA, et réclame des dommages financiers ainsi que la destruction de tout jeu de données et de tout modèle construit avec leurs contenus.Voir le post sur X
Réponses des défendeurs et état du front du droit d'auteur
Les réactions ont été rapides, et mesurées. « Bien que la plainte nous surprenne, nous mesurons l'importance du Seattle Times pour notre région et nous sommes toujours prêts à nous asseoir pour explorer des solutions à ce type de différend », a déclaré un porte-parole de Microsoft au journal, dès vendredi. Un porte-parole d'OpenAI a pour sa part rappelé que ses modèles sont entraînés sur des données publiquement disponibles et « ancrés dans le fair use, qui aide des centaines de millions de personnes à améliorer leur vie quotidienne ».

Une phrase pour situer le dossier dans le front du copyright : le dépôt arrive cinq jours après le mémoire du département de la Justice qui plaidait le fair use dans le procès du New York Times, devant le même tribunal, où le juge Sidney H. Stein reste seul à trancher (notre analyse du mémoire) ; à la différence de ce dossier historique, le docket ne montre pas encore de juge assigné à la nouvelle affaire. Le contentieux OpenAI est par ailleurs consolidé dans une procédure collective (le MDL « In re: OpenAI Copyright Infringement Litigation »), et le précédent Anthropic plane : le juge William Alsup y avait jugé l'entraînement licite mais l'approvisionnement piraté illicite, débouchant sur un accord de 1,5 milliard de dollars (notre analyse).
La procédure en sera à ses balbutiements pendant des mois : réponse des défendeurs, mise en état, découverte documentaire. Mais l'alliance des deux quotidiens régionaux, avec une demande de destruction des modèles à l'appui, élargit encore le cercle des éditeurs qui refusent la thèse du fair use défendue par OpenAI et Microsoft, et relancée par Washington. La plainte de 35 éditeurs musicaux contre Anthropic avait déjà montré, le mois dernier, que les ayants droit changeaient d'angle d'attaque. Les journaux régionaux viennent de faire la même démonstration.
Questions fréquentes
Quels journaux poursuivent OpenAI et Microsoft ?
The Seattle Times Company et Newsday LLC, deux grands quotidiens régionaux américains (Seattle, dans l'État de Washington ; Long Island et New York), dans une plainte conjointe déposée le 4 septembre 2026 devant le tribunal fédéral du district sud de New York.
Que demandent exactement les deux journaux ?
Des dommages statutaires et réels, une injonction permanente, et surtout la destruction, prévue par le 17 U.S.C. § 503, des copies de leurs articles, des jeux de données d'entraînement et des modèles qui intègrent leurs œuvres, le tout devant un jury.
Quelle est la plainte des « près de 400 journaux locaux » ?
Une action distincte, déposée le 24 juin 2026 par 35 groupes de presse régionale menés par Richner Communications (dossier 1:26-cv-05320, même tribunal) et représentés par l'ancien procureur général du New Jersey Matthew Platkin ; ses plaignants possèdent et exploitent ensemble près de 400 journaux locaux.
OpenAI et Microsoft ont-elles réagi ?
Oui, auprès du Seattle Times : Microsoft se dit « surpris par la plainte » tout en se déclarant prêt à explorer des solutions, et OpenAI soutient que son entraînement sur des données publiquement disponibles est « ancré dans le fair use ».


