Trump signe le décret : « Super Intelligence » remplace « AI » dans tout l'exécutif américain
Le décret signé mardi 29 septembre impose « Super Intelligence » dans les sites et documents de l'exécutif américain, sans réécrire aucune régulation existante.

Sept jours après la tribune de l'ONU, le renommage a son texte. Donald Trump a signé mardi 29 septembre un décret exécutif intitulé « Inaugurating the Era of Super Intelligence », publié dès le soir même dans la rubrique des actes présidentiels de la Maison-Blanche. Il impose les termes « Super Intelligence » et « SI » à la place de « Artificial Intelligence » et « AI » dans tout le pouvoir exécutif fédéral.
Notre article du 23 septembre se terminait sur une restriction : « une annonce orale, pas un décret ». La restriction tombe. Reste que le texte, lu mot à mot, est plus étroit que ce que son titre peut laisser croire : il change le vocabulaire officiel de l'État, pas une seule règle du jeu.
Artificielle (mot barré d'un trait dans le post d'origine) Super IntelligenceVoir le post sur X
Ce que le décret ordonne, mot à mot
Le texte tient en quatre sections courtes. Sa section 1 pose la politique de l'administration : l'exécutif emploiera, « dans toute la mesure permise par la loi », les termes « Super Intelligence » et « SI » à la place de « Artificial Intelligence » et « AI », et « ne reconnaîtra pas l'usage » de ces derniers « dans tout cadre applicable ». The Verge précise ce que cette phrase implique : les responsables américains devront s'abstenir de reconnaître même l'usage des termes « artificial intelligence » ou « AI » dans les contextes concernés.
La section 2 énumère les documents visés : correspondance officielle, communications publiques, sites web, rapports, documents de politique et autres documents non législatifs de l'exécutif. Rien d'autre : ni les modèles, ni les entreprises, ni la recherche, ni quiconque en dehors de l'administration fédérale.

Il change le vocabulaire officiel de l'exécutif américain : à terme, les sites gouvernementaux, les rapports et les communiqués diront « Super Intelligence ». Il ne change pas les règles : la section 2 dispose qu'aucune régulation déjà publiée, aucun acte présidentiel, contrat, subvention ni document historique ne doit être altéré, et la section 4 précise que le texte ne crée aucun droit ni avantage actionnable en justice. Aucune obligation ne s'applique hors de l'exécutif fédéral.
La définition légale n'est pas encore remplacée
C'est la nuance que beaucoup de reprises effacent. Le décret ne remplace pas aujourd'hui la définition légale de l'intelligence artificielle : sa section 3 pose que « Super Intelligence » et « SI » désignent, pour son application, les technologies et systèmes couverts par le terme « artificial intelligence » tel que défini à la section 9401(3) du titre 15 du code des États-Unis. Cette définition, issue de la loi fédérale sur l'initiative nationale en intelligence artificielle de 2020, décrit « un système fondé sur une machine qui, pour un ensemble d'objectifs définis par des humains, formule des prédictions, des recommandations ou des décisions influençant des environnements réels ou virtuels ».
Le texte organise surtout la suite. Dans les 60 jours, le conseiller du président pour la science et la technologie doit remettre une proposition de texte législatif pour établir une définition fédérale de « Super Intelligence », avec une évaluation de ce qu'elle devrait modifier, élargir ou remplacer dans la définition existante, et les « amendements de concordance » aux références légales d'aujourd'hui. The Verge résume l'intention : l'administration cherche à employer le terme en remplacement d'une définition légale plus large de l'IA, mais ce remplacement reste à écrire.
Le passage à l'acte est déjà visible dans la communication officielle. Le communiqué publié le même jour par la Maison-Blanche décrit rétroactivement le plan d'action de juillet 2025 comme « plus de 90 actions fédérales pour gagner la course à la SI », appliquant le nouveau sigle à des documents publiés bien avant son existence.
Au déjeuner des PDG, la « self-regulation » en ligne de mire
Le décret a été signé après un déjeuner organisé à la Maison-Blanche avec des dirigeants de la technologie et des responsables gouvernementaux. Dans de brèves déclarations après la rencontre, encadré par le PDG de Nvidia Jensen Huang et par Elon Musk, Trump a qualifié le déjeuner de « très productif » et « extrêmement amical », avant d'aborder la question de la régulation.
Il y a une conviction qu'il doit y avoir une formidable auto-régulation. Et nous avons automatiquement une régulation avec le ministère de la Justice, le FBI, tout cela.Donald Trump, déclarations rapportées par The Verge le 29 septembre 2026, traduit de l'anglais
Sur les data centers, objet des frictions locales, il a assuré que les entreprises « travailleront à rendre la communauté heureuse » en fournissant les ressources et le soutien économique dont elle a besoin, et conclu : « les data centers vont devenir très populaires ». Plus tôt dans la journée, lors d'un événement annonçant le lancement du portail America.gov, il avait justifié le choix du mot : « Le mot super est le meilleur de tous, et c'est le plus simple », ajoutant que le président chinois Xi Jinping, reçu la semaine précédente, « l'aime » aussi. « Nous ne voulons pas entendre artificiel. Parce que ce n'est pas artificiel. C'est très puissant, c'est très brillant. Cela sera majoritairement mis au service du bien et nous arrêterons les mauvais usages. L'artificiel, c'est comme les informations. Les fake news. »
Le vocabulaire de la « self-regulation » vaut une réponse, implicite, au débat ouvert par l'appel des laboratoires à cadencer la course aux modèles : là où l'industrie demandait un rythme négocié, l'administration oppose une auto-discipline encadrée par les autorités pénales existantes, et un décret qui ne restreint rien.
Un terme qui veut dire autre chose chez les chercheurs
La ligne de front reste sémantique. Dans le vocabulaire de la recherche, « superintelligence » désigne une intelligence artificielle hypothétique, plus capable que le plus capable des humains, qui n'existe pas encore ; The Verge la décrit comme l'un des termes de l'industrie pour des versions particulièrement puissantes de l'IA, là où le décret l'emploie pour l'IA tout court. Le glissement, déjà relevé la semaine passée, brouille un débat politique sensible : celui des garde-fous et du rythme d'avance des modèles, au moment précis où une partie de l'industrie demande à ralentir.
Pour le lecteur, l'effet est borné : aucun texte américain ne change de contenu, aucun outil ne change de nom, et rien n'oblige quiconque hors de l'administration fédérale à suivre. Ce qui change, c'est l'État : le nom sorti d'un sondage Truth Social devient la terminologie des sites, rapports et communiqués de la première puissance technologique mondiale. La proposition de définition attendue sous 60 jours dira si ce n'était qu'un changement d'étiquette, ou le début d'une réécriture plus profonde.
Questions fréquentes
Que change concrètement le décret du 29 septembre ?
Les agences de l'exécutif fédéral américain doivent employer « Super Intelligence » et « SI » dans leur correspondance officielle, leurs communications publiques, sites web, rapports et documents de politique, et ne plus reconnaître les termes « artificial intelligence » ou « AI ».
Les régulations existantes doivent-elles être réécrites ?
Non. La section 2 du décret précise qu'aucune régulation déjà publiée, action présidentielle, contrat, subvention ou document historique ne doit être altéré.
La définition légale de l'IA est-elle remplacée ?
Pas encore. Le décret définit « Super Intelligence » par renvoi à la définition d'« artificial intelligence » de la section 9401(3) du titre 15 du code des États-Unis, et commande une proposition législative sous 60 jours.
Les entreprises doivent-elles abandonner le terme « IA » ?
Non : le décret ne concerne que le pouvoir exécutif fédéral américain et ne crée aucun droit ni obligation pour les entreprises, les laboratoires ou les particuliers.
Que signifie « super intelligence » pour les chercheurs ?
Une IA hypothétique plus intelligente que le plus intelligent des humains, qui n'existe pas encore. The Verge la décrit comme un terme de l'industrie pour des versions particulièrement puissantes de l'IA.


