Data centers : Amazon ne signe plus de NDA avec les agences publiques
Le 2 octobre 2026, Amazon annonce ne plus utiliser d'accords de confidentialité avec les agences gouvernementales de ses projets de data centers.

Le 2 octobre 2026, Amazon annonce ne plus utiliser d'accords de confidentialité (NDA) avec les agences gouvernementales de ses projets de data centers. L'annonce figure dans un billet de Matt Garman, PDG d'Amazon Web Services, sur About Amazon. La décision arrive six mois et demi après celle de Microsoft, le 18 mars, et presque quatre mois après le refus d'Amazon devant le parlement de l'Ohio.
Un NDA lie au secret l'élu qui le signe, parfois avant que les habitants ne sachent qu'un projet est à l'étude. Pour Erin Brockovich, la transparence est la première plainte des riverains contre les data centers, résume TechCrunch.
Une phrase dans un long plaidoyer
Le billet de Garman déroule un plaidoyer anti-mythes et affirme que plus de 100 moratoires sont en délibération aux États-Unis. La phrase sur les NDA n'apparaît qu'une fois dans ce long texte, relève TechCrunch.
Nous n'utilisons plus d'accords de confidentialité avec les agences gouvernementales avec lesquelles nous travaillons sur nos projets.Matt Garman, PDG d'AWS, billet About Amazon du 2 octobre 2026 · traduit de l'anglais
La formulation compte : Amazon parle d'« agences gouvernementales », partenaires directes de ses projets, quand la presse écrit « collectivités ». Le billet n'en dit pas plus sur les accords déjà signés, rien n'indique leur résiliation. Il promet en revanche une publication annuelle de la consommation d'énergie et d'eau, sans préciser si elle sera par site ou agrégée. Notre article sur la consommation d'eau des data centers établissait qu'Amazon ne publiait aucun chiffre par site.

Microsoft a ouvert la voie, avec des réserves
Le 18 mars 2026, Microsoft annonce sur Microsoft Local la fin des NDA avec les collectivités locales, et identifie ses NDA actifs dans le monde pour une résiliation coordonnée.

Mais Microsoft garde des exceptions : secrets de fabrication et informations concurrentielles peuvent être protégées, notamment quand un permis de construire exige les spécifications des bâtiments. L'acquisition de terrains reste sans détail public initial (le Blog du Modérateur précise que les NDA y resteront), et les documents déjà sous NDA sont traités au cas par cas.
Un revirement après l'Ohio
Le 4 juin 2026, devant la commission mixte du parlement de l'Ohio sur les data centers, Microsoft s'était engagé à ne plus faire signer de NDA. Amazon, Google et Meta, également auditionnés, avaient refusé, présentant les accords comme un outil du développement économique, et Google avait reconnu un déficit de dialogue. Fin juillet, Amazon défendait encore des « garanties renforcées » devant le Sénat du Texas, comme nous le racontions dans notre article sur l'audit texan des data centers.
Le 2 octobre, le billet d'About Amazon marque le revirement : pour TechCrunch, Amazon suit l'exemple de Microsoft.
Ce que la loi a fait, et ce qu'elle n'a pas fait
Une seule mesure contraignante émerge : l'ordre exécutif signé le 18 août 2026 par le gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro. Il interdit les NDA sur les projets de data centers des agences de l'exécutif, et les sort du permis accéléré « Fast Track ». La revue des permis est aussi conditionnée aux exigences « GRID » de transparence et à l'approbation locale. L'ordre ne lie ni les collectivités ni les propriétaires privés, relève Spotlight PA.
Ailleurs, des projets de loi interdisant les NDA ont été introduits dans le Michigan, l'Oklahoma, le Kentucky et l'Ohio, sans adoption recensée fin août.

Pourquoi ces accords survivent-ils ? Wes Cummins, PDG d'Applied Digital, société cotée, donne une explication à NPR : ses NDA couvrent surtout un risque juridique. Un campus non annoncé est une information non publique au sens boursier, et l'accord protège les élus d'une violation involontaire des règles du délit d'initié.
Des cas concrets
À Boyce, en Louisiane, le campus « Delta Forge 1 » d'Applied Digital représente 3,6 milliards de dollars pour 300 mégawatts en première phase. Des NDA ont été signés dès décembre 2024 avec l'agence d'État Louisiana Economic Development, puis en janvier 2026 avec le conseil local, et le projet a été approuvé le 23 avril en réunion publique sans débat. Au moins cinq sénateurs d'État, l'évaluateur du parish et tous les membres du conseil avaient signé. D'après Gulf States Newsroom et Type Investigations, au moins 54 NDA ont été signés par des élus de Louisiane depuis début 2024.
En Virginie, une tribune du Virginia Mercury, signée par le chercheur Eric Bonds et son binôme, chiffre la pratique. Sur les 31 localités ayant un data center existant, approuvé ou proposé, 25 disposent de NDA, d'après leurs demandes d'accès aux documents publics (FOIA), un chiffre jugé sous-estimé. La même tribune cite un contrat d'eau entre le comté de Spotsylvania et Amazon : l'eau, l'assainissement et la conception de base d'Amazon Data Service y sont classés confidentiels.
Le contre-exemple existe au West Feliciana Parish, en Louisiane : un data center de 10 milliards de dollars se construit sans NDA. Son président, Kenny Havard, a publié en ligne l'intégralité des accords, eau, électricité, terrains, expertises et contrat final, jugeant que ce qui touche les citoyens, ventes de terrains et avantages fiscaux, doit être public.
Pour juger les prochaines annonces, la question de West Feliciana reste le bon repère : documents publiés, ou accord de confidentialité ? Restent à surveiller : le sort des NDA déjà signés, absent du billet d'Amazon, et les projets de loi introduits dans quatre États, restés sans adoption recensée.


