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Stratégie · 7 min de lecture

Spotify étend son remix par IA aux labels indépendants : Merlin signe à son tour

Merlin a signé le 4 août pour l'outil de reprises et de remix par IA de Spotify. Ce que l'accord change pour un artiste, et les trois choses qu'il ne dit toujours pas.

Illustration

Le 4 août 2026, jour de la publication de ses résultats du deuxième trimestre, Spotify a annoncé un deuxième accord de licence pour son futur outil de reprises et de remix par IA. Après Universal Music Group en mai, c'est Merlin qui signe, l'organisme qui négocie les licences numériques pour les labels indépendants et les distributeurs du monde entier.

L'enjeu dépasse largement le gadget. Spotify essaie de construire le premier circuit payant et sous licence de musique générée par IA à partir d'œuvres existantes, au moment précis où les catalogues sont submergés de morceaux synthétiques déposés sans l'accord de personne. Reste à savoir si le triptyque affiché, consentement, crédit et rémunération, résiste à l'examen.

À retenir · l'essentiel
Ce qui a été signéUn accord de licence entre Spotify et Merlin, annoncé le 4 août 2026, pour le futur outil de reprises et de remix par IA.
Qui est concernéLes artistes des labels couverts par l'accord Merlin/Spotify, avec une participation facultative.
Le modèleUne option payante en supplément de Spotify Premium, censée créer un revenu additionnel pour les artistes qui participent.
Ce qui manqueAucune date, aucun prix, aucun périmètre géographique. Sony, Warner et Believe n'ont rien signé pour cet outil.

Ce que Spotify et Merlin ont réellement signé

Le communiqué officiel tient en quelques lignes, et il vaut mieux le lire que la reprise qu'on en fait. Il indique que l'accord « permet aux artistes des labels couverts par l'accord Merlin de Spotify de choisir de participer ». Autrement dit : la licence ouvre une porte, elle ne pousse personne à la franchir. Spotify redit également que l'outil sortira sous forme d'option payante, en supplément de l'abonnement, et qu'il créera « un flux de revenus additionnel pour les artistes participants ».

Le communiqué du 4 août 2026 sur le site de presse de Spotify : l'accord ouvre une option de participation, il ne l'impose pas.
Le communiqué du 4 août 2026 sur le site de presse de Spotify : l'accord ouvre une option de participation, il ne l'impose pas.

Deux dirigeants sont cités, et personne d'autre.

Cet accord avec Merlin garantit que les artistes participants sont crédités et rémunérés, et que chaque création ramène les auditeurs vers l'œuvre originale.
Charlie Hellman, vice-président senior et responsable mondial de la musique chez Spotify
Donner aux artistes de nos membres le choix de rendre leur musique disponible dans le cadre de cette technologie enthousiasmante, tout en garantissant la possibilité de participer à un flux de revenus additionnel, c'est exactement la raison d'être de Merlin.
Charlie Lexton, directeur général de Merlin

Le poids de Merlin, lui, se mesure aux chiffres que l'organisme publie lui-même : une adhésion répartie dans plus de 70 pays, représentant 15 % du marché mondial de la musique enregistrée, et un fonctionnement financé par une commission administrative de 1,5 %. Le communiqué cite nommément des membres que le public français connaît, dont IDOL et Wagram Music, aux côtés de Domino, Ninja Tune, Warp Records, Sub Pop ou Epitaph. Le chiffre de « plus de 30 000 labels » qui circule dans la presse vient de TechCrunch, pas du communiqué : Merlin, sur son propre site, parle de « dizaines de milliers de labels ».

𝕏Music Week (@MusicWeek) · 4 août 2026 · traduit de l'anglais
L'outil de reprises et de remix par les fans de Spotify inclut désormais les labels indépendants membres de Merlin
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Consentement, crédit, rémunération : ce que valent les trois mots

Les trois mots viennent des dirigeants eux-mêmes. Lors de la conférence avec les analystes, les deux codirecteurs généraux ont défendu la démarche en des termes que Billboard et Gizmodo rapportent tous deux à l'identique, à partir de la même conférence.

Nous parlons de la première manière légale de participer à ce vent porteur de l'IA que nous voyons arriver pour la musique interactive.
Alex Norström, codirecteur général de Spotify, conférence de résultats du 4 août 2026

Son homologue Gustav Söderström, interrogé sur le fait que peu d'artistes avaient pour l'instant donné leur accord, a répondu que la démarche de Spotify n'était pas comparable à celle des générateurs de morceaux entiers : « ce que nous faisons est différent, et les artistes le voient : nos produits parlent d'artistes réels, pas d'artistes factices, et dans le cas des remix, d'artistes réels avec de vraies voix ».

La formule est efficace. Elle laisse deux questions ouvertes, et ce sont les seules qui comptent pour un créateur.

Combien ? Ni Spotify ni Merlin n'ont publié le moindre élément de partage de revenus. On sait seulement qu'il s'agira d'une option payante. En février 2025, Bloomberg rapportait que Spotify étudiait un palier « Music Pro » facturé jusqu'à 5,99 $ de plus par mois, avec un outil de remix parmi les avantages envisagés. Rien n'a été confirmé depuis.

Crédité comment ? Le communiqué promet que chaque création « ramène les auditeurs vers l'œuvre originale », sans décrire le mécanisme. Sur le plan réglementaire, la question n'est pas anodine : depuis le 2 août 2026, l'article 50 de l'AI Act impose déjà un marquage lisible par une machine sur les contenus générés ou modifiés par une IA.

Le point que presque personne ne relève : Merlin est déjà des deux côtés

C'est la nuance qui manque à la plupart des reprises françaises, encore calées sur l'accord Universal de mai. Présenter Spotify comme le camp du droit face à des générateurs hors-la-loi ne tient plus en août 2026.

Merlin a en effet déjà licencié ses membres à Udio, le 20 janvier 2026, pour l'entraînement de modèles. Le même Charlie Lexton y déclarait vouloir travailler « avec des partenaires qui respectent les artistes, leur travail, et l'exigence de licencier la musique ». Merlin avait par ailleurs signé avec ElevenLabs pour sa plateforme Eleven Music en août 2025, selon Music Business Worldwide, et le communiqué de Spotify cite bien ElevenLabs et Udio parmi ses partenaires. L'organisme n'a donc pas choisi un camp contre l'autre : il a choisi la licence contre l'aspiration sauvage. Sa politique publique sur l'IA le dit noir sur blanc, en interdisant tout usage des œuvres de ses membres à des fins d'entraînement sans licence expresse et préalable.

La ligne de fracture réelle n'oppose pas Spotify aux générateurs. Elle oppose les acteurs qui ont signé à ceux qui ne l'ont pas fait.

ActeurPosition sur l'outil de remix SpotifyAutre situation, à date
Universal Music GroupAccord signé le 21 mai 2026A conclu un accord de licence avec Udio
MerlinAccord signé le 4 août 2026A licencié ses membres à Udio (janvier 2026) et à ElevenLabs (août 2025)
Sony Music GroupAucun accord annoncéA engagé en juillet 2026 une nouvelle procédure contre Udio
Warner Music GroupAucun accord annoncéA conclu un accord de licence avec Udio
BelieveAucun accord annoncé

Sur le volet judiciaire, la situation est la suivante. Les majors avaient attaqué Suno et Udio en 2024 pour contrefaçon massive. Universal et Warner ont depuis conclu des accords de licence avec Udio. Sony reste seul à l'attaque : après le refus du tribunal, le 29 juin 2026, d'élargir sa plainte initiale, le label a déposé en juillet 2026 une procédure distincte portant sur 30 117 enregistrements et réclamant jusqu'à 150 000 $ de dommages statutaires par œuvre, selon Music Business Worldwide et Engadget. Sony reproche notamment à Udio d'avoir extrait des enregistrements depuis YouTube pour entraîner ses modèles.

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Ne confondez pas deux nombres proches

Les « plus de 30 000 labels » attribués au réseau Merlin et les « 30 117 enregistrements » visés par la plainte de Sony contre Udio n'ont aucun rapport entre eux. Le rapprochement est tentant, il est faux.

Pourquoi Spotify se presse : un dépôt sur deux est déjà synthétique

Le contexte se lit très bien depuis la France, chez Deezer. Le 21 juillet 2026, le service français annonçait que les dépôts de titres détectés comme générés par IA avaient franchi la barre des 50 % des nouveautés quotidiennes sur ses journées de pointe, avec une moyenne mensuelle de 90 000 morceaux par jour en juin. En janvier 2025, quand Deezer a commencé à mesurer, c'était 10 000 morceaux par jour, soit 10 %.

Le déluge, mesuré par Deezer (communiqué du 21 juillet 2026)
90 000
morceaux IA déposés par jour en moyenne en juin 2026
1 à 3 %
des écoutes seulement, malgré ce volume
85 %
des écoutes de titres entièrement générés par IA jugées frauduleuses en 2025
13,4 M
de titres IA détectés et étiquetés en 2025

Le contraste est saisissant : un dépôt sur deux, mais 1 à 3 % des écoutes seulement. L'essentiel de ce flot ne cherche pas un public, il cherche une part du gâteau des redevances. Deezer a d'ailleurs annoncé qu'il retirerait les titres IA impliqués dans des écoutes frauduleuses et ceux non écoutés depuis six mois.

Le fil des dix derniers mois
16 octobre 2025Spotify annonce son intention de développer des produits IA « artist-first » avec Universal, Sony, Warner, Merlin et Believe. À ce stade, ce sont des principes, pas des contrats.
20 janvier 2026Merlin licencie le répertoire de ses membres à Udio pour l'entraînement de modèles.
21 mai 2026Premier vrai accord de licence : Universal signe avec Spotify pour l'outil de reprises et de remix.
21 juillet 2026Deezer annonce que plus de la moitié des dépôts quotidiens sont générés par IA.
4 août 2026Merlin signe à son tour, le jour des résultats du deuxième trimestre de Spotify.

Ce qu'on ignore encore, et ce que ça change pour vous

Interrogé sur le calendrier, Gustav Söderström s'en est tenu à un aperçu de recherche ouvert à une partie des utilisateurs, sans donner de date : « nous lancerons le produit quand il sera prêt, quand nous jugerons qu'il est assez bon et qu'il a le bon attrait auprès des consommateurs ». Il a aussi précisé, selon Billboard, qu'un catalogue complet n'était pas nécessaire pour démarrer, rappelant que Spotify n'avait au lancement ni les Beatles ni Metallica : « nous aimerions avoir le plus d'artistes possible, évidemment, mais nous ne comptons pas les avoir tous ».

Ce que Spotify a confirméCe qui reste inconnu
Option payante en supplément de PremiumLe prix de cette option
Participation facultative des artistesLe partage de revenus exact
Un aperçu de recherche pour une partie des utilisateursLa date, même approximative
Universal et Merlin sous licenceLes pays concernés au lancement
Reprises et remix d'artistes consentantsLa position de Sony, Warner et Believe

Le marché, lui, n'a pas applaudi le trimestre : l'action Spotify a clôturé la séance du 4 août en baisse de 8 %, selon Gizmodo, alors même que l'entreprise franchissait pour la première fois la barre des 300 millions d'abonnés payants, pour 777 millions d'utilisateurs actifs mensuels et 4,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires trimestriel.

Astuce

Si vous publiez de la musique via un distributeur, vérifiez auprès de lui s'il est membre de Merlin avant de vous poser la question du remix. C'est cette adhésion, et non votre statut d'artiste, qui détermine si l'option de participation vous sera proposée.

Pour un auditeur, rien avant plusieurs mois : le produit n'existe pas encore, même en aperçu. Pour un créateur indépendant distribué par un membre de Merlin, l'accord ouvre une case à cocher, qui pourra rapporter, mais dont personne ne connaît encore le rendement. Pour qui veut composer avec l'IA aujourd'hui, le paysage reste celui que nous décrivons dans notre comparatif Suno vs Udio et dans le reste de la catégorie Audio : deux logiques très différentes, l'une qui fabrique des morceaux entiers, l'autre que Spotify veut cantonner à la relecture d'œuvres existantes, avec l'accord de leurs ayants droit.

Questions fréquentes

Quand sort l'outil de remix par IA de Spotify ?

Aucune date n'a été communiquée. Gustav Söderström a seulement évoqué le 4 août 2026 un aperçu de recherche ouvert à une partie des utilisateurs, lancé « quand le produit sera prêt ».

L'outil sera-t-il gratuit ?

Non. Spotify indique depuis mai 2026 qu'il s'agira d'une option payante en supplément de l'abonnement Premium. Le prix n'est pas connu.

Tous les artistes seront-ils concernés ?

Non. Seuls les artistes des labels couverts par les accords Universal et Merlin peuvent être concernés, et la participation reste facultative pour chacun. Sony, Warner et Believe n'ont annoncé aucun accord pour cet outil.

Quelle différence avec Suno ou Udio ?

Suno et Udio génèrent des morceaux entiers à partir d'une description. Spotify propose des reprises et des remix d'œuvres existantes, uniquement pour des artistes qui ont donné leur accord. La frontière est cependant moins nette qu'il n'y paraît : Merlin a licencié ses membres à Udio dès janvier 2026.

Le remix par IA est-il légal en France ?

Un remix d'une œuvre protégée exige l'autorisation des ayants droit. C'est précisément l'objet des accords signés par Spotify. Par ailleurs, depuis le 2 août 2026, l'AI Act impose un marquage des contenus générés ou modifiés par une IA.