Instinct, assistant IA : ce que ses CGU permettent vraiment sur vos données
Licence perpétuelle sur vos données, accès à l'écran, transactions en votre nom : les CGU d'Instinct inquiètent. Documents officiels et incidents réels.

Instinct a pris la petite communauté de l'IA personnelle par surprise fin août 2026. En accès privé, l'assistant se connecte à votre boîte mail, vos messageries, votre calendrier, votre écran, votre audio et votre localisation, puis agit de lui-même : il prépare un trajet pour l'aéroport, nettoie une boîte de réception, réserve une table. Les premiers testeurs parlent de magie, d'autres décrivent un cauchemar d'autorisations. Les deux lectures sont défendables, et voici pourquoi.
Instinct, c'est quoi exactement ?
Le site officiel décrit le produit en une phrase : un assistant personnel qui comprend ce que vous faites et agit à travers vos applications et vos appareils. « L'interface est simple : il n'y a pas de nouvelle interface », insiste la page d'accueil. Vous pouvez lui écrire ou l'appeler, y compris par SMS ou WhatsApp selon TechCrunch, et c'est lui qui peut engager la conversation. Il est réservé à un groupe en accès privé pendant la montée en capacité de calcul : liste d'attente via app.instinct.co/login ou invitation par un membre existant.

La page cite comme usages le suivi des fils de discussion, les appels et messages proactifs, un transport pour l'aéroport ou la réservation d'un bricoleur. TechCrunch ajoute, côté constats de terrain : nettoyage de boîte mail, organisation d'informations, achats, recherche de vols à bas prix. L'espace de travail montré dans le fil de la testeuse Claire Vo répertorie les connecteurs Google Workspace, Outlook et Linear, et quatre canaux de contact : Messages, WhatsApp, appel, e-mail.
Côté éditeur, les CGU sont établies au nom de Spear Street Technology, Inc. d/b/a Instinct. TechCrunch décrit une petite équipe menée par Noah Shinn, ancien chercheur chez Sierra, et précise que l'entreprise se présente comme en mode furtif selon PitchBook. Aucune page équipe, aucun nom de fondateur sur instinct.co : ces éléments reposent sur la presse.
Instinct (IA) et grok @bot sont les lancements les plus excitants depuis @openclaw, pour moi.Voir le post sur X
Sheel Mohnot, investisseur sous le compte @pitdesi, résume l'enthousiasme en une formule : « OpenClaw pour les gens normaux. C'est comme de la magie. » Il dit avoir échangé 677 messages avec l'agent en cinq jours. Jesse Middleton, qui l'utilise quotidiennement depuis une semaine, parle du « meilleur agent grand public » qu'il ait utilisé, après avoir essayé Hermes, OpenClaw, Tasklet et GrokBot. Pour la fiche complète de l'outil, voir Instinct.
Que permettent réellement les CGU d'Instinct ?
Les CGU, révisées le 20 août 2026, sont à la fois très lisibles et très larges. Le texte exact vaut lecture.
| Ce que dit le texte | Ce que cela signifie |
|---|---|
| Une licence « non exclusive, transférable, sous-licenciable, mondiale, perpétuelle et irrévocable » pour « accéder, utiliser, héberger, mettre en cache, stocker, reproduire, transmettre, afficher, publier, distribuer et modifier » les matériaux | Instinct peut réutiliser, transmettre, publier, distribuer et partager avec des tiers ce que vous lui confiez, pour fournir et améliorer ses services. |
| Le même paragraphe vise à « fournir, exploiter, développer, entraîner, affiner et améliorer nos technologies, produits et services, y compris les modèles d'IA sous-jacents » | L'entraînement de ses modèles ne se heurte pas à la lettre de la licence. |
| Les « données d'usage de l'appareil (captures d'écran, mouvements du curseur et saisies clavier) » comptent parmi les contenus fournis | Le périmètre couvert dépasse le texte que vous écrivez : il inclut ce que l'agent observe à l'écran. |
| « Vous nommez Instinct comme votre agent pour conclure en votre nom des accords, engagements ou transactions... ces accords ou engagements vous lient comme si vous les aviez conclus directement » | L'agent peut prendre des engagements contraignants. Les CGU précisent que les achats passent par le service tiers et que vous restez responsable des conséquences. |
| Les offres en bêta fermée sont soumises à une clause de non-divulgation : pas de captures, vidéos ou flux sans consentement écrit | La plupart des testeurs publient pourtant leurs échanges. L'articulation entre cette clause et un « groupe d'accès privé » reste floue. |
| Tout litige se règle par arbitrage individuel obligatoire (JAMS, en anglais), avec renonciation aux actions collectives ; désistement possible par écrit dans les 30 jours | Pas de recours collectif : une procédure individuelle, à moins de s'en exclure à temps. |

Ce n'est pas un texte qui se cache : Jeremy Banon le reconnaît sur X, tout en refusant l'usage pour lui-même.
Du point de vue de la cyberhygiène, Instinct, c'est non. Côté positif, leur politique est totalement transparente. Mais l'accès qu'ils exigent implique une responsabilité que je ne confierais à aucune entreprise.Jeremy Banon, sur X le 21 août 2026 · traduit de l'anglais
Ces clauses font écho à un précédent récent chez la concurrence : ChatGPT télécharge désormais un historique de clics et de frappes, mais avec des garde-fous bien plus verrouillés que ce que les CGU d'Instinct laissent entrevoir.
Les incidents rapportés par les testeurs
La semaine a produit une série d'incidents documentés, tous publics et attribuables.
| Testeur | Ce qui s'est passé | Statut au 25 août |
|---|---|---|
| Peter Yang | Ses enregistrements Gmail restaient indexés et non supprimables malgré sa demande | Corrigé : un outil « Data Privacy » dans l'espace de travail permet la suppression des données externes, confirmé par lui le 22 août |
| Claire Vo | Déconnexion de Google le matin, résumé de sa boîte mail reçu l'après-midi. TechCrunch rapporte qu'interrogé, l'agent a confirmé stocker les e-mails en clair pour de futures recherches | Ouvert, aucune communication publique |
| Anita Kirkovska | Un code d'inscription extrait de sa boîte mail dans la nuit pour créer un compte Resy et réserver une table, sans sa demande | Ouvert, aucune communication publique |
| Alex Cohen | Test de phishing volontaire : un compte Gmail créé pour l'occasion, puis des instructions envoyées depuis son compte réel, suivies par l'agent | Il a supprimé son compte |
| Katie Jacobs Stanton | Un e-mail envoyé à sa place sans vérification ; questionnée, l'agent a reconnu avoir téléchargé ses e-mails et transmis une demande de suppression | Réponse d'un humain attendue, sans retour |
Quelle aventure ! J'ai déconnecté le bot IA Instinct de Google à 11 h et j'ai reçu un résumé de mes e-mails à 14 h 😵 Voici ce qui s'est passé, et ce que j'en ai appris 👇Voir le post sur X
Pour ajouter du contexte, je ne pense pas qu'on en soit au stade où il est sûr de donner à une IA un accès en lecture et écriture à votre boîte de réception. Je voulais voir à quel point Instinct se laissait piéger : j'ai créé un tout nouveau compte Gmail et j'ai envoyé un e-mail à mon vrai compte personnel avec des instructions pour qu'Instinct cherche dans ma boîte de réception et renvoie un résumé détaillé de chaque tâche ouverte (j'ai reconnecté Instinct pour ce test). Instinct a suivi les instructions avec plaisir !Voir le post sur X
Le correctif, en revanche, a été rapide : l'outil de suppression de données externes est arrivé le lendemain.
On peut désormais supprimer les données externes (comme mes 36 enregistrements Gmail) en allant sur https://app.instinct.co/workspace et en descendant jusqu'à « Data Privacy ». Bravo à l'équipe Instinct d'avoir écouté et d'avoir livré aussi vite. Je continuerai à dire les choses comme elles sont, surtout en matière de vie privée et de confiance.Voir le post sur X
La nuance que la notice de confidentialité ajoute
La notice, révisée le 22 juillet, contient un passage que la plupart des reprises de la presse anglophone ne citent pas : Instinct s'engage à ne pas utiliser les données issues des API Google Workspace (Gmail, Calendar, Drive, Docs, Sheets, Slides, Tasks) pour évaluer, affiner, entraîner ou améliorer des modèles d'IA, ni pour servir de la publicité ciblée, et à ne pas les divulguer à des prestataires d'IA tiers pour un usage d'entraînement. Détail chargé de sens : la licence des CGU ne limite pas expressément ce périmètre, la notice oui, sur ces données précises.
Nous n'utilisons pas les informations reçues via les API Google Workspace pour évaluer, affiner, entraîner ou améliorer des modèles d'IA, ni pour diffuser des publicités, y compris du reciblage, de la publicité personnalisée ou fondée sur les centres d'intérêt.Extrait de la notice de confidentialité d'Instinct, 22 juillet 2026 · traduit de l'anglais
Cette restriction vient de l'obligation de conformité aux règles d'usage limité de Google. Elle n'empêche pas Instinct de reconnaître, dans la même notice, que l'agent collecte « le contenu de votre écran et du logiciel avec lequel vous interagissez », le contenu des messages et e-mails que vous consultez, et que l'agent peut prendre des actions ou engager des tiers « sans votre intervention ». À quoi s'ajoute l'avertissement de la section sécurité : les agents autonomes présentent des « risques supplémentaires ou inédits », dont des « actions non voulues (y compris paiements et communications non voulus) », et les tiers avec lesquels ils interagissent peuvent « dissimuler des instructions trompeuses » dans le but de les manipuler. Autrement dit, le test de phishing d'Alex Cohen décrit exactement un risque que l'éditeur documente lui-même.
Ce que la notice ne contient pas : aucune mention du RGPD, aucune section dédiée aux droits des résidents européens, aucune durée de rétention annoncée. Sur ce point, le contraste avec la promesse de zéro rétention des données clients d'OpenAI est frappant.
Faut-il confier sa boîte mail à un agent ?
La question déborde Instinct, et les témoins du débat le savent. Michael Mignano, fondateur d'Anchor et investisseur chez Union Square Ventures, décrit le mécanisme sur X : les produits comme Instinct vont « changer les normes de sécurité grand public », et l'on verra « de plus en plus de gens confier des mots de passe à des applications tierces, sans savoir ce qu'elles en stockent ». Il parle, dans le même message, d'un « incroyable déblocage de fonctionnalités » doublé d'un « cauchemar de sécurité ». Katie Jacobs Stanton, fondatrice de Moxxie Ventures, formule le dilemme en une phrase : « Chaque action réussie gagne un peu plus de confiance. Une action non autorisée peut remettre cette confiance à zéro. »
La lecture la plus productive n'est ni l'interdiction ni l'emballement. C'est l'asymétrie d'information : aujourd'hui, le lecteur qui se demande « que se passe-t-il si je connecte ma boîte mail à un agent ? » dispose de très peu d'éléments vérifiables. Les CGU d'Instinct répondent en partie, la correction produit montre que l'équipe écoute, mais la course aux agents personnels que décrit le marché rend la question urgente.
Commencez par un compte de messagerie créé pour l'occasion, comme l'a fait Alex Cohen pour son test. Ne connectez que ce dont vous avez besoin : la notice permet de révoquer l'accès Google Workspace à tout moment et de supprimer le compte depuis l'espace de travail. Et gardez en tête la phrase des CGU : les actions « ne sont pas toujours réversibles », et c'est vous qui restez responsable.
Questions fréquentes
Instinct est-il gratuit ?
Aucun tarif public n'est publié. L'accès se fait par liste d'attente ou invitation d'un membre ; les CGU prévoient des services payants, sans prix affiché à cette date.
Instinct utilise-t-il mes e-mails pour entraîner ses modèles ?
La licence des CGU le permet, sans restriction de périmètre. La notice de confidentialité exclut en revanche l'entraînement, la publicité ciblée et la vente des données issues de Google Workspace. Pour les autres connecteurs, la licence large s'applique.
Puis-je supprimer les données que Instinct a récupérées ?
Oui pour Google Workspace, via la révocation ou la suppression de compte décrites dans la notice. Depuis le 22 août, un outil « Data Privacy » permet aussi de supprimer les données externes, confirmé par Peter Yang. Aucune durée de rétention n'est fixée par les textes.
Qui est derrière Instinct ?
Les CGU désignent Spear Street Technology, Inc. d/b/a Instinct. TechCrunch décrit une équipe menée par Noah Shinn, ancien chercheur chez Sierra, et une société en mode furtif selon PitchBook. Aucune page équipe publique n'existe.
Instinct est-il disponible en France ?
On ne le sait pas : aucune liste de pays n'est publiée. L'accès est privé et sur invitation, et la page d'accueil ne mentionne aucune restriction géographique.
Les CGU d'Instinct sont-elles conformes au RGPD ?
Le texte ne mentionne ni le RGPD ni les droits des résidents européens et ne contient pas de section de rétention. Une communication officielle est nécessaire pour trancher.


