CAC 40 : ChatGPT et Gemini se trompent sur quatre chiffres sur dix
Une étude française relève 40 % de chiffres incorrects dans les comptes semestriels du CAC 40 restitués par ChatGPT et Gemini, et une presse devenue invisible.

Le vendredi 2 octobre 2026, l'agence de communication Reputation Age et Bubbing, une plateforme française qui mesure la visibilité des marques dans les assistants conversationnels, ont mis en ligne une étude de sept pages sur la façon dont ChatGPT et Gemini restituent les résultats semestriels des sociétés du CAC 40. Présentée en ligne sous le titre « Les résultats semestriels vus par ChatGPT et Gemini » et datée de septembre, elle a été menée du 25 au 28 août, juste après la publication des comptes du premier semestre : 8 671 conversations, 34 684 réponses, 39 sociétés interrogées par un persona automatisé de « journaliste économique ».
Le chiffre de tête a fait le tour des relais : 40 % des chiffres restitués sont incorrects. Mais le résultat le plus utile n'est pas ce plafond d'erreur, c'est la mécanique des fautes. L'IA ne se trompe pas surtout en inventant : elle trouve le bon document officiel et y prend le mauvais chiffre. Et la presse a disparu de ses sources (0,08 %), bloquée par les éditeurs eux-mêmes : les espaces investisseurs deviennent la source de vérité des assistants.
Le bon document, le mauvais chiffre
L'étude distingue deux familles d'erreurs. La première regroupe les chiffres obsolètes ou inventés, de 19 % des réponses sur le résultat net à 36 % sur l'EBITDA. La seconde est plus dérangeante : le moteur restitue un chiffre officiel qui ne répond pas à la question posée, dans 24 % des cas sur la croissance publiée, le plus fragile des sept indicateurs testés. Les auteurs relèvent aussi des confusions entre croissance organique et publiée, ou entre trimestre et semestre.
| Indicateur demandé | Restitution correcte | Autre chiffre officiel | Chiffre obsolète ou inventé |
|---|---|---|---|
| Résultat net | 67 % | 13 % | 19 % |
| Dette nette | 66 % | 8 % | 26 % |
| Chiffre d'affaires | 65 % | 6 % | 29 % |
| Croissance organique | 64 % | 12 % | 25 % |
| Free cash-flow | 62 % | 8 % | 29 % |
| EBITDA | 57 % | 7 % | 36 % |
| Croissance publiée | 42 % | 24 % | 34 % |
L'IA trouve le bon document mais y prend le mauvais chiffre.Étude Reputation Age et Bubbing, septembre 2026
Ce défaut de sélection touche 46 % des vérifications concernant BNP Paribas, 43 % chez Crédit Agricole et 26 % chez EssilorLuxottica. Au classement par société, seuls seize noms sont publiés : Capgemini (81 % de réponses correctes) et Airbus (80 %) en tête ; Crédit Agricole (32 %), EssilorLuxottica et BNP Paribas (35 % chacune) en bas.
Le cas Capgemini, relu par la tribune d'ActuIA du lundi 5 octobre, montre que la confusion commence dans les communiqués eux-mêmes. Le document du 30 juillet aligne sept taux de croissance pour le seul chiffre d'affaires : 8,8 % de hausse publiée à 12 082 millions d'euros, 11,3 % à changes constants sur le semestre, 11,6 % au deuxième trimestre, 7,0 % puis 10,5 % de croissance publiée par trimestre, 11,0 % au premier trimestre à changes constants, et un objectif annuel de 8,5 % à 9 % dont environ 5 points apportés par les acquisitions. Un assistant interrogé sur « la » croissance de Capgemini dispose donc de sept réponses plausibles, dont deux seulement portent sur le semestre écoulé, sans aucun taux organique pour le groupe.
Une presse devenue invisible
La ventilation des sources est le second enseignement structurel. 78 % renvoient aux sites des entreprises (espaces presse et investisseurs, documents de résultats), 19,5 % aux diffuseurs de communiqués et à la SEC américaine, 2,42 % aux sites financiers (MarketScreener, Boursorama) et 0,08 % à la presse, réduite à Bloomberg et au Monde. Les auteurs l'écrivent noir sur blanc : cette quasi-absence est « d'abord une conséquence du choix des éditeurs », la quasi-totalité d'entre eux bloquant l'accès de leurs contenus aux robots des IA.
Autrement dit, ce que l'assistant dit d'une société cotée dépend d'abord de ce qu'elle publie elle-même. Le communiqué n'est plus adressé aux seuls journalistes : il est prélevé directement par les moteurs conversationnels. Le dépôt réglementaire compte aussi, là où il est indexable : la SEC est la première source externe avec 3 045 citations, concentrées sur les cinq émetteurs cotés aux États-Unis. Ce basculement fait écho à la déconvenue de Chegg et Penske contre les AI Overviews de Google et à la fermeture des flux RSS de Reddit, tandis que les réponses générées deviennent une porte d'entrée majeure de l'information en ligne.

Une précision limite la lecture de ce tableau : les citations de sources sont « un fait presque exclusivement ChatGPT ». Gemini « ne cite presque jamais de liens ». La répartition des sources décrit donc surtout le comportement d'un seul des deux assistants testés.
Ce que l'étude dit encore, et ce qu'elle ne dit pas
Deux résultats secondaires méritent le détour. Les messages prioritaires des entreprises (trois indicateurs, trois messages) ne sont restitués correctement qu'à 67 % en moyenne, de 97 % pour Michelin à 33 % pour EssilorLuxottica, et l'environnement n'est quasi jamais soulevé (67 occurrences dans les réponses, contre 3 007 pour la performance des résultats). Et dans le scénario du client potentiel, 1 144 conversations de quatre échanges, la part d'avis favorables tombe de 5,6 % en première réponse à 0,5 % au quatrième échange, celle d'avis défavorables passant de 7,0 % à 12,6 % : à force de relances, les assistants deviennent plus prudents et plus critiques.
Le PDF ne publie ni les questions posées ni le nombre de chiffres vérifiés par société ou par indicateur. Les versions des modèles, l'activation de la recherche web, la tolérance retenue pour juger un chiffre correct (arrondi, périmètre, chiffre retraité) et la part du codage humain ne sont pas précisées. Aucune ventilation entre ChatGPT et Gemini n'est fournie, la quarantième société du CAC 40 laissée de côté n'est pas nommée et le classement complet des 39 n'est pas publié. Enfin, les deux auteurs vendent des services liés au sujet, et rien n'indique un contrôle extérieur du protocole.
La recommandation de la page de présentation, travailler « la lisibilité pour les IA, par les IA » des communiqués, rejoint directement le métier de Bubbing : c'est assumé dans le document, ce qui n'invalide pas les chiffres mais éclaire l'angle choisi. Pour la Banque de France, qui plaide pour un déploiement par paliers des IA de pointe, ce type de test terrain documente précisément le risque de restitution.
Avant de reprendre un chiffre obtenu auprès d'un assistant en réunion ou dans un reporting, rouvrez la source : le communiqué ou le document de résultats. Vérifiez trois choses, la valeur, la période, le mode de calcul (publié, organique, à changes constants). C'est exactement la confusion que l'étude mesure.
Questions fréquentes
ChatGPT et Gemini se trompent-ils sur tous les chiffres du CAC 40 ?
Non : 60 % des chiffres restitués sont corrects. Mais le taux tombe à 42 % sur la croissance publiée, et l'étude ne ventile pas entre ChatGPT et Gemini.
Pourquoi la presse n'est-elle presque jamais citée par les IA ?
La quasi-totalité des éditeurs de presse bloque l'accès de leurs contenus aux robots de ChatGPT et Gemini. Les sources se replient sur les sites des entreprises, 78 % des citations.
Quel est l'indicateur le mieux restitué par l'IA ?
Le résultat net, correctement restitué dans 67 % des cas, devant la dette nette (66 %) et le chiffre d'affaires (65 %).
Comment vérifier un chiffre financier donné par une IA ?
En retournant au communiqué ou au document de résultats de l'entreprise, en vérifiant période et mode de calcul. Les outils de recherche approfondie aident à retrouver la source, pas à la remplacer.


