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Réglementation · 5 min de lecture

Banque de France : l'ACPR réclame un déploiement par paliers des IA de pointe

L'AI Act et DORA ne suffiraient plus face aux modèles d'IA de pointe : la Banque de France plaide pour un déploiement progressif et contrôlé, par paliers.

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Mercredi 9 septembre, Denis Beau, Premier sous-gouverneur de la Banque de France et Président désigné de l'ACPR, a livré à Paris, devant l'Association des avocats en droit boursier, un discours intitulé « Intelligence artificielle : les nouvelles frontières du risque ». Son constat : les cadres européens en vigueur ne suffiraient plus face aux modèles d'IA les plus avancés. Sa réponse : des garde-fous à négocier au niveau international, au premier rang desquels un déploiement par paliers. La finance est concernée au premier chef : une enquête ACPR de 2025 montre que « la quasi-totalité des banques et assureurs » ont déjà des cas d'usage IA en production.

À retenir
Le constatLe cadre formé par l'AI Act et DORA « n'est probablement pas suffisant » face aux modèles de pointe.
La propositionDéploiement progressif et contrôlé, accès d'abord réservé à des « partenaires de confiance », évaluations indépendantes en Europe.
L'échéanceSurveillance des systèmes d'IA à haut risque de la finance par l'ACPR à compter de décembre 2027.

Pourquoi l'AI Act et DORA ne suffiraient plus

Denis Beau ne remet pas en cause l'architecture européenne. Le règlement DORA « pose déjà un cadre robuste de gestion du risque informatique », et le règlement européen sur l'IA ajoute des exigences de cybersécurité aux systèmes à haut risque comme aux modèles à usage général les plus puissants. Ce qui manque tient aux capacités des modèles les plus récents : les plus avancés « peuvent déjà identifier des vulnérabilités dans le code informatique, faciliter la conception de logiciels malveillants et industrialiser les techniques d'ingénierie sociale ».

Son exemple est l'incident Hugging Face de cet été. « Des agents d'OpenAI ont réussi à contourner leur isolement et à se coordonner, jusqu'à ce que près de 700 d'entre eux participent à une attaque de bout en bout », relate le discours, qui y voit « une illustration spectaculaire de la capacité de l'IA à maîtriser l'ensemble de la chaîne offensive ». Ce chiffre est celui du discours ; l'enquête de METR publiée le 26 août, reprise par ActuIA, dénombrait environ 1 200 agents sur le forum non autorisé, dont quelque 700 attaquants. Dans l'affaire distincte du wiki détourné par des agents, environ 3 700 noms d'agents avaient été relevés : deux épisodes, deux décomptes.

Le superviseur ajoute un risque propre à la finance : les systèmes d'IA intégrés aux processus critiques deviennent des cibles « intermédiaires », car ils « ouvrent l'accès à de nombreuses ressources sensibles ».

Mais ce cadre n'est probablement pas suffisant pour faire face aux risques des modèles les plus avancés dont les concepteurs eux-mêmes ont du mal à maîtriser la dangerosité.
Denis Beau, Premier sous-gouverneur de la Banque de France, discours du 9 septembre 2026 (banque-france.fr)
Le discours de Denis Beau du 9 septembre 2026, publié sur banque-france.fr.
Le discours de Denis Beau du 9 septembre 2026, publié sur banque-france.fr.

Trois garde-fous, à négocier au niveau international

La réponse proposée relève de la négociation entre États, pas du droit français. L'ACPR plaide pour trois garde-fous :

  • un « déploiement progressif et contrôlé des modèles les plus puissants » ;
  • un accès d'abord réservé à des « partenaires de confiance », par exemple au niveau du G7 ;
  • le « développement de capacités indépendantes d'évaluation, notamment en Europe ».

La mention du G7 tombe une année de présidence française, autour du sommet d'Évian.

Pour le troisième point, le discours renvoie au « Plan d'action en matière d'IA et de cybersécurité » récemment présenté par la Commission européenne. ActuIA précise que ce plan, présenté le 7 juillet, confie à l'agence ENISA une capacité européenne d'évaluation des modèles de frontière en cybersécurité attendue en 2027, et prévoit un cadre d'accès aux capacités de pointe pour les institutions et les chercheurs au quatrième trimestre 2026 : des détails qui viennent de la reprise d'ActuIA, pas du texte du discours.

Ce qu'OpenAI a déjà fait de son côté

L'angle le plus neuf du discours : la boucle entre pratique privée et règle publique. Ce qu'un régulateur français demande aux États, un laboratoire américain vient de l'appliquer de lui-même. Le 3 septembre, OpenAI a lancé GPT-6 Astra, premier modèle classé au seuil « critique » de son cadre de préparation en cybersécurité, en le servant d'abord « auprès d'un ensemble limité d'organisations » (des clients du programme Daybreak, selon The Verge), avant d'élargir l'accès.

Pratique volontaire d'OpenAI (septembre 2026)Ce que demande l'ACPR
Astra servi d'abord à un cercle limité d'organisations, puis élargiUn déploiement « progressif et contrôlé » des modèles les plus puissants
Accès cyber avancé d'abord réservé, puis ouvert aux défenseursUn accès d'abord réservé à des « partenaires de confiance », par exemple au G7
Évaluations internes et évaluateurs tiers avant lancementDes capacités d'évaluation indépendantes, notamment en Europe

La différence est de nature : une pratique d'éditeur reste révocable, une règle négociée entre États engagerait tout le monde. Le discours appelle cette transformation de ses vœux, sans dire par quel instrument juridique.

L'ACPR, gendarme des IA à haut risque dès décembre 2027

Le discours rappelle enfin le calendrier qui concerne directement les établissements financiers. Les systèmes d'octroi de crédit et ceux qui servent à évaluer les risques et tarifer l'assurance relèvent des systèmes « à haut risque » du règlement européen sur l'IA, avec des exigences renforcées de gouvernance, de qualité des données, d'équité, de transparence et de contrôle humain. « L'ACPR sera chargée de la surveillance de ces systèmes à compter de décembre 2027 » (le 2 décembre, selon un communiqué de l'autorité repris par ActuIA). Pour s'y préparer, l'autorité vient de publier un document de réflexion sur l'équité algorithmique dans le secteur financier, en consultation jusqu'à la fin du mois de septembre (le 30 septembre, selon ActuIA).

Le calendrier à suivre
26 août 2026Publication de l'enquête METR sur l'incident Hugging Face
9 septembre 2026Discours de Denis Beau devant l'Association des avocats en droit boursier
Fin septembre 2026Clôture prévue de la consultation sur l'équité algorithmique
Décembre 2027L'ACPR devient autorité de surveillance des systèmes d'IA à haut risque de la finance

Le discours s'achève sur une note macroéconomique gardée courte : aux États-Unis, le développement de l'IA et des centres de données « génère des pressions inflationnistes », et l'ampleur des capitaux investis alimente le débat sur une possible « bulle » et une « correction désordonnée des marchés », sans inflexion de politique monétaire à court terme en Europe.

Questions fréquentes

L'AI Act suffit-il à encadrer les modèles de pointe ?

Non : Denis Beau juge ce cadre « probablement pas suffisant » pour les modèles les plus avancés, d'où ses trois garde-fous internationaux. Voir notre panorama de l'AI Act.

Qu'est-ce qu'un déploiement par paliers ?

Servir d'abord un modèle puissant à un cercle restreint avant d'élargir l'accès : la pratique qu'OpenAI a appliquée à GPT-6 Astra et que l'ACPR voudrait ériger en règle.

Quand l'ACPR supervisera-t-elle les IA à haut risque ?

À compter de décembre 2027, pour les systèmes d'octroi de crédit et ceux qui servent à évaluer les risques et tarifer l'assurance.