Procès Apple contre OpenAI : le dépôt du 31 août, le MacBook et le schéma de circuit
MacBook remis aux experts, schéma de circuit allégué, agents d'IA : le détail du dépôt d'Apple du 31 août dans le procès Apple contre OpenAI.

Le lundi 31 août 2026, les avocats d'Apple ont déposé l'acte n° 94 dans leur procès contre Chang Liu, ancien ingénieur de la firme parti chez OpenAI en janvier, ainsi que contre Tang Yew Tan, OpenAI (Fondation et Group PBC) et io Products. Le dossier 5:26-cv-07078 est instruit devant le tribunal fédéral du district nord de Californie, division de San José (cas 474095), sous la responsabilité du juge Edward J. Davila. Cet acte joint un mémoire supplémentaire à la demande de « découverte accélérée » (expedited discovery) d'Apple, avec deux déclarations d'experts à l'appui. Le même jour, TechCrunch (Amanda Silberling) recoupait le dépôt, qu'Apple décrit dans ses textes comme un ensemble d'éléments « choquants ».
À ce stade, tout ce qui suit relève de l'allégation d'une partie ou de la réponse de l'autre : rien n'a été jugé. Les pièces publiques sont d'ailleurs caviardées, plusieurs extraits demeurant sous scellés.
Ce que dit l'acte n° 94
La motion de cinq pages retrace la mécanique. Apple avait demandé à M. Liu de restituer le matériel de l'entreprise : ses avocats remettent un MacBook à l'expert retenu par Apple, Daniel Roffman (Charles River Associates), le vendredi 21 août, via le prestataire Sync Forensics. L'appareil est copié sous forme d'image forensique le 24 août, et l'examen se poursuit.
Selon la déclaration Roffman, le profil utilisateur du MacBook a été créé le 14 mars 2026, et la dernière utilisation observée date du 3 juillet. Le dossier affirme qu'une simulation avec le logiciel LTspice (un simulateur de circuits gratuit édité par Analog Devices) a été lancée le 18 mars à 17 h 47, heure du Pacifique (1 h 47 le 19 mars, heure de Paris), depuis un profil nommé « changliu », et que les fichiers compagnons de la simulation ont été synchronisés vers le compte iCloud depuis un ordinateur nommé « Mac Mini ». Apple allègue que le fichier simulé, un schéma de conversion de puissance identifié dans la procédure d'injonction (l'exhibit 24 de la déclaration du Dr Patel), est confidentiel et a été utilisé alors que M. Liu était salarié d'OpenAI. TechCrunch signale, en se fondant sur le dépôt, la mention d'un outil portant le nom d'une application d'ingénierie interne d'Apple, sans que ce nom soit visible dans la version publique.
Le volet le plus sensible concerne la conservation des preuves. Le mémoire affirme que, après avoir appris en juin l'existence de l'enquête d'Apple, M. Liu et sa collègue chez OpenAI Yu-Ting Peng ont discuté de la nécessité de « restaurer » puis de « réutiliser » des appareils appartenant à Apple en leur possession. Pour les avocats d'Apple, cités par TechCrunch, le dossier montre que « ses secrets commerciaux sont utilisés et que des preuves sont détruites ». Les personnes citées sont présumées de bonne foi ; aucune réponse publique de Mme Peng sur ce point n'apparaît dans les documents publics consultés.

Un secret industriel « appris » par un agent d'IA
Le point juridique le plus neuf du dépôt tient en une phrase du mémoire : l'usage allégué du circuit de conversion de puissance « alors qu'il était employé par OpenAI » et le recours à des agents d'IA pour apprendre à lancer des simulations soulèvent, selon les avocats d'Apple, des inquiétudes « qui dépassent le vol ordinaire de documents » (traduit de l'anglais). Le dossier affirme que des messages de M. Liu suggèrent qu'un agent d'IA avait « appris à lancer » la simulation en cause.
Le Dr Ayman Fayed, expert mandaté par Apple, détaille dans sa déclaration la valeur du fichier litigieux : un schéma au format .asc, donc en texte brut, « essentiellement une simulation prête à l'emploi » dans LTspice, qui embarque des choix de conception et des valeurs de composants accumulées en des années d'essais. Un tel fichier, écrit-il, « peut devenir plus utile encore lorsqu'il est remis à un agent d'IA », capable d'ingérer le design, de balayer les paramètres et d'optimiser en quelques heures ce qui prendrait des semaines à un ingénieur.
Un modèle entraîné sur les fichiers de conception d'Apple peut ensuite assimiler les choix de conception éprouvés d'Apple dans ses connaissances permanentes, à chacune de ses décisions d'ingénierie, même si le fichier d'origine n'est plus jamais ouvert.Déclaration du Dr Ayman Fayed, expert mandaté par Apple · 31 août 2026 · traduit de l'anglais
Apple en tire un argument d'urgence : un secret « appris » par un modèle créerait des usages que le dossier qualifie d'« irréversibles et continûment propagés », difficiles à défaire et à prouver, d'autant que les traces d'une simulation sont écrasées à chaque relance, selon l'expert. La partie adverse n'a pas encore répondu sur ce point précis.
Les versions publiques des pièces du 31 août sont caviardées et plusieurs pages restent sous scellés. L'identité exacte du fichier, le contenu des messages et les extraits techniques ne sont pas vérifiables dans le dossier public. C'est la raison pour laquelle tout ce qui précède est rapporté comme allégation d'Apple et de ses experts, pas comme un constat judiciaire.
La réponse d'OpenAI : « Apple is getting this wrong »
OpenAI répond publiquement depuis le 3 août sur son blog, dans un billet au titre éloquent, « Apple is getting this wrong » (littéralement, « Apple se trompe »), mis à jour le 6 août avec un renvoi à sa requête de rejet. La société qui édite ChatGPT y qualifie la plainte de « négligente, agressive et étrangement personnelle », et conteste point par point le récit d'Apple. Sur M. Liu, elle affirme que des employés d'Apple l'ont sollicité après son départ pour retrouver des fichiers, et publie des iMessages caviardés à l'appui : le 14 février 2026, un salarié d'Apple lui écrit notamment avoir un « vague souvenir » d'une discussion technique et lui demande de l'orienter. Sur l'« accès résiduel » (residual access) mis en avant par Apple, OpenAI répond qu'il s'agit d'un problème récurrent chez le fabricant, causé, selon elle, par une gestion défaillante des accès au départ des salariés. Sur Tang Tan, elle écrit qu'il « a toujours été clair avec l'équipe : nous ne voulons pas, et ne devons pas utiliser, d'informations confidentielles d'autres entreprises ».
La demande d'injonction préliminaire d'Apple repose sur des informations fausses et est complètement inutile, parce que nous n'avons pas ses secrets industriels et ne les voulons pas.OpenAI · billet « Apple is getting this wrong » · traduit de l'anglais
Une précision de calendrier s'impose : ce billet répond aux actes déposés avant le 31 août. Sur le mémoire supplémentaire, la stipulation annexée à l'acte n° 94 accorde cinq pages aux défendeurs, à déposer le vendredi 4 septembre. TechCrunch indique avoir sollicité un commentaire d'OpenAI sur les nouvelles allégations.
Ce que l'affaire dit du marché des talents de l'IA
Derrière la procédure se joue une question qui dépasse le dossier : où s'arrête le recrutement d'un ingénieur, où commence la capture du savoir-faire de son ancien employeur. Selon la plainte initiale, plus de 400 anciens salariés d'Apple travaillent aujourd'hui chez OpenAI, un chiffre repris par les deux parties dans leurs documents judiciaires. Apple demande une injonction préliminaire qui, selon TechCrunch, empêcherait OpenAI de travailler, pendant la procédure, sur du matériel fondé sur sa technologie, ainsi qu'une découverte accélérée pour cartographier l'ampleur supposée des fuites. La manière dont un secret « appris » par un agent d'IA sera traité par le juge Davila pourrait faire école bien au-delà de la Silicon Valley.
Pour creuser le contexte : notre article sur le plugin iMessage de ChatGPT, notre analyse de la politique de confidentialité d'OpenAI envers ses clients, et notre suivi du nouveau Siri dopé à l'IA dans iOS 27, côté matériel Apple.
Questions fréquentes
De quoi Apple accuse-t-elle Chang Liu ?
Selon le dossier (acte n° 94 et déclarations annexées), d'avoir conservé un accès au stockage cloud d'Apple après son départ du 22 janvier 2026, d'y avoir effectué plus de 240 téléchargements et d'avoir utilisé un schéma de circuit confidentiel chez OpenAI. Ce sont des allégations, non jugées à ce jour.
Qu'a répondu OpenAI ?
Dans un billet publié le 3 août, OpenAI répond que M. Liu n'a accédé aux fichiers qu'après son départ, pour aider d'anciens collègues qui l'avaient sollicité, que l'accès résiduel est un défaut connu d'Apple et que l'entreprise n'a pas, ni ne veut, les secrets d'Apple.
Quelle est la prochaine étape du procès ?
Les défendeurs doivent déposer leur mémoire en réponse le 4 septembre 2026 ; l'audience sur la découverte accélérée et la demande d'injonction préliminaire est fixée au 1ᵉʳ octobre 2026, devant le juge Edward J. Davila, à San José.


