Koa : Salesforce dévoile son premier modèle de raisonnement, construit sur Nemotron de Nvidia
Annoncé mardi 15 septembre au Dreamforce avec Nvidia, Koa repose sur Nemotron, s'entraîne sans aucune donnée client et vise le raisonnement spécialisé dans Agentforce.

Salesforce a choisi son grand meeting annuel pour franchir un cap. Au Dreamforce 2026, qui se tient du 15 au 17 septembre à San Francisco, l'éditeur du CRM a annoncé mardi 15 septembre Koa, son premier modèle de raisonnement, développé avec Nvidia et intégré à Agentforce, sa plateforme d'agents d'entreprise. Le socle technique est le modèle à poids ouverts de Nvidia, Nemotron, sur lequel Salesforce a appliqué un post-entraînement spécialisé dans la vente, le marketing et le support client.
TechCrunch, qui a interrogé les dirigeants des deux sociétés, titre que ce modèle représente « tout ce que les labs d'IA devraient craindre » (« everything the AI labs should fear »). La formulation est celle du média américain, pas un fait établi, mais elle résume bien l'enjeu : si les entreprises peuvent obtenir un raisonnement spécialisé, sobre en tokens et hébergé chez elles, une partie des tâches envoyées aujourd'hui aux modèles généralistes pourrait ne plus partir.
Ce que Koa sait faire, et comment il a été construit
Avant Koa, un agent Agentforce confronté à une tâche longue ou à plusieurs étapes voyait sa demande routée vers un modèle frontière comme Claude ou ChatGPT, via la passerelle IA de la plateforme, le système qui décide quel modèle traite quelle requête. Koa comble ce trou : il devient la première alternative de raisonnement maison, proposée en complément des autres modèles offerts dans Agentforce.
Le communiqué officiel le décrit comme un post-entraînement de Nemotron 3 Super, réalisé sur un corpus propriétaire de scénarios synthétiques modelés sur près de trois décennies de déploiements CRM, ce que Salesforce résume par « 27 ans d'intelligence CRM ». Ces scénarios couvrent plus de 14 secteurs (industrie, finance, santé, voyage) et simulent les étapes d'un cycle client complet : génération de leads, qualification d'opportunités, résolution de dossiers de support. Côté méthode, Salesforce cite un affinage supervisé et un apprentissage par renforcement (GRPO) menés avec la suite NeMo de Nvidia. Aucune donnée client n'a servi à l'entraînement : les scénarios mettent en scène des personas, des clients mécontents qui appellent un service support jusqu'au commercial qui tente de conclure une affaire, selon la description de Jayesh Govindarajan, vice-président exécutif de Salesforce AI, à TechCrunch.
Nous avons construit de nombreux petits modèles de langage spécialisés, qui font partie du portefeuille d'Agentforce. Mais le raisonnement a toujours été quelque chose que nous déléguions aux fournisseurs de modèles frontières. Jusqu'à présent.Jayesh Govindarajan, EVP Salesforce AI, à TechCrunch
L'éditeur dit aussi être son propre premier client : Koa fait déjà tourner un agent employé dans Slack, chargé d'aider les équipes à retrouver des informations et à accomplir des tâches courantes.
Au Dreamforce, Salesforce annonce Koa, un modèle de raisonnement CRM spécialisé construit sur l'architecture Nemotron de Nvidia, conçu pour faire fonctionner des agents IA dans Agentforce (@mike_wheatley / SiliconANGLE) (Rendez-vous sur techmeme point com pour le lien et le contexte complet !)Voir le post sur X
Nemotron, le socle souverain que Salesforce attendait
Pourquoi un éditeur de cette taille n'avait-il pas encore son propre modèle de raisonnement ? La réponse de Govindarajan à TechCrunch tient en trois critères : il manquait un socle pré-entraîné américain « souverain », à l'état de l'art, et à la provenance de données claire. « Avant Nemotron, il n'existait aucun modèle pré-entraîné américain souverain disponible, et nous n'avons aucune idée de ce sur quoi Qwen s'entraîne », ajoute-t-il, en visant directement le modèle ouvert chinois d'Alibaba.
Nemotron coche les trois cases aux yeux de Salesforce. Poids ouverts : l'éditeur contrôle les poids et fait tourner le modèle entièrement dans sa propre infrastructure, si bien qu'aucune donnée client ne traverse ce que l'entreprise appelle sa frontière de confiance, ni à l'entraînement ni à l'inférence. « Pas un seul octet de données client n'a été utilisé », résume Rohan Kumar, président platform et engineering de Salesforce, cité par le blog de Nvidia. Kari Ann Briski, vice-présidente logiciels d'IA générative entreprise chez Nvidia, complète l'argument économique : « Nous avons une architecture d'inférence unique pour être efficace en tokens. C'est une trilogie : IA souveraine, temps jusqu'au premier token, raisonnement efficace. » C'est le même argument de souveraineté que d'autres acteurs, européens cette fois, portent depuis des mois, comme Mistral avec sa Série D de 3 milliards d'euros (notre article).
La collaboration dépasse le seul CRM : Salesforce annonce aussi intégrer les modèles ouverts de Nvidia et son calcul accéléré dans Missionforce, son offre pour les gouvernements et les organisations régulées, avec des déploiements possibles sur clouds privés et réseaux isolés (« air-gapped »).
Et Anthropic dans tout ça ? Le partenariat Claudeforce
L'annonce de Koa ne signifie pas que Salesforce se retire des modèles des grands labs. La preuve la plus concrète est Claudeforce, un partenariat avec Anthropic mis en avant dans la même semaine, qui permet d'utiliser Claude comme interface tout en gardant les données dans le système de référence de Salesforce.
La page Claudeforce de Salesforce (« The #1 AI meets the #1 CRM ») décrit le premier produit issu de ce partenariat, Salesforce in Claude : un plugin qui embarque 37 compétences préconstruites pour les équipes commerciales, capables de raisonner sur les données de pipeline et d'agir dans Salesforce sans quitter Claude. Chaque action passe par les permissions et les règles métier existantes de l'entreprise, avec une conservation nulle des données sur les modèles Sonnet, Opus et Haiku d'Anthropic. Le dispositif est ouvert à des clients pilotes sélectionnés, avec une bêta ouverte annoncée à partir de septembre.
Les deux mouvements sont complémentaires plutôt que contradictoires : Koa internalise le raisonnement des tâches CRM standardisées, Claudeforce amène le modèle frontière d'Anthropic là où sa puissance brute reste utile. C'est exactement la divergence que TechCrunch décrit : les besoins des entreprises s'éloignent de l'offre des labs généralistes, sans la remplacer entièrement.
Disponibilité, chiffres et ce qu'on ne sait pas encore
| Mode d'accès | Où | Ce que dit Salesforce |
|---|---|---|
| Modèle géré | Catalogue génératif Data Cloud | Utilisable immédiatement dans les applications IA, prompts et agents |
| Fournisseur organisation | Configuration Agentforce | Quatrième fournisseur disponible, activé sur inscription volontaire |
| Modèle d'agent | Agentforce Builder | Sélectionnable au niveau de chaque agent et sous-agent |
Six clients pilotes sont nommés dès l'annonce : Formula 1, UChicago Medicine, Baxter Credit Union, 1-800Accountant, Engine et Xero. La disponibilité générale est attendue à l'hiver 2026 dans les régions américaines, avec une bêta ouverte peu après. Aucun calendrier pour l'Europe ni pour la France n'a été communiqué à ce stade.

Les performances avancées (+11 % de précision dans le choix de la bonne action, un rappel du contexte 2,1 fois plus fiable, 15 % mieux sur les conversations longues, « 3 fois moins d'erreurs » sur les actions CRM face aux modèles de tête) proviennent du CRM Bench, un banc d'essai construit par Salesforce elle-même. Aucun score indépendant public n'était disponible au moment de la publication, et aucune tarification à l'usage n'a été annoncée.
La verticalisation du raisonnement, une tendance de la semaine
Le sens de l'annonce dépasse le produit. Les entreprises demandent des modèles spécialisés, à poids maîtrisés, économes en tokens et déployables chez elles, et un socle ouvert comme Nemotron permet à un éditeur vertical de construire exactement cela sans dépendre d'un lab généraliste. Koa en est la démonstration la plus aboutie à ce jour dans le monde du CRM.
L'ironie de la semaine est à noter, sans en tirer trop de conclusions : Jensen Huang, dont Nvidia fournit justement le socle de Koa, a plaidé le même jour chez Salesforce contre toute nouvelle réglementation de l'IA, pendant que les grands labs négocient entre eux un ralentissement volontaire de leurs modèles frontières (notre article et celui-ci). Koa illustre l'autre versant du même moment : ce que les labs généralistes cessent de couvrir, les éditeurs verticaux sont prêts à le construire eux-mêmes.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que Salesforce Koa ?
C'est le premier modèle de raisonnement CRM de Salesforce, annoncé le 15 septembre 2026 au Dreamforce. Construit sur Nemotron de Nvidia, il est spécialisé dans les tâches de vente, de marketing et de support client au sein de la plateforme Agentforce.
Koa est-il un modèle open source ?
Non. Il est construit sur Nemotron, un modèle à poids ouverts de Nvidia, mais Koa lui-même reste hébergé par Salesforce, qui contrôle les poids et fait tourner le modèle dans sa propre infrastructure.
Mes données clients servent-elles à entraîner Koa ?
Non, selon Salesforce : le corpus d'entraînement est entièrement synthétique et aucune donnée client ne traverse la frontière de confiance de l'éditeur, ni à l'entraînement ni à l'inférence.
Quand Koa sera-t-il disponible pour tous ?
Des clients pilotes sélectionnés y ont déjà accès, et une disponibilité générale est attendue à l'hiver 2026 dans les régions américaines, suivie d'une bêta ouverte. Aucune date n'a été communiquée pour l'Europe.


