Nscale dépose son dossier d'introduction en Bourse : 103 Md$ de contrats, 85 % sur deux clients
Le néocloud britannique Nscale a déposé vendredi son formulaire S-1 à la SEC : cotation visée au NYSE, 103,4 Md$ de contrats et 85 % de ce carnet sur deux clients.

Vendredi 18 septembre, Nscale Limited, société d'Angleterre-et-Galles installée à Londres, a déposé son formulaire S-1 auprès du régulateur américain des marchés : premier pas public d'une introduction en Bourse au New York Stock Exchange, sous le symbole NSCL. La société l'a confirmé par communiqué le jour même, elle qui n'avait rien publié en août sur son plus gros contrat. Le dépôt est lisible par tous sur EDGAR, et il détaille pour la première fois les comptes et les risques d'un des plus gros « néoclouds » européens : 103,4 milliards de dollars de contrats de long terme actifs ou signés, dont environ 85 % reposent sur deux clients.
Ce que dit le dépôt du 18 septembre
Prix, nombre de titres et produit de l'opération restent en blanc à ce stade du processus. La valorisation visée n'y figure pas : autour de 30 Md$ selon Reuters début septembre, 35 Md$ selon le Financial Times le 22 septembre, et une levée pouvant atteindre 3 Md$ selon Bloomberg dès le 21 août. Chaque chiffre reste celui de sa source datée.

103 milliards de contrats, dont 85 % pour deux clients
C'est le paradoxe qu'isole Marina Temkin dans TechCrunch le 22 septembre : le portefeuille est immense, sa base est étroite. Les deux contrats nommés dans le prospectus, Microsoft (jusqu'à 43,8 Md$ de calcul d'ici décembre 2033) et Anthropic (jusqu'à 44,6 Md$), pèsent environ 85 % du total. Sur les revenus encaissés, c'est plus net encore : le premier client a fait 52 % du chiffre d'affaires du semestre, 73 % en 2025, quasiment tout en 2024. Le prospectus ne le nomme pas ; la presse financière évoque ByteDance, absent du document.
La situation n'est pas propre à Nscale : une étude du fonds de crédit Sona Asset Management relayée par le Financial Times décrit une industrie où quelques acheteurs tiennent les fournisseurs. Un seul revers d'un acteur majeur « peut facilement affecter l'industrie tout entière », y écrit le fonds.
| Société | Dépendance principale | Source |
|---|---|---|
| Nscale | Microsoft et Anthropic : environ 85 % des contrats ; premier client 52 % des revenus du semestre | Prospectus S-1 ; TechCrunch |
| CoreWeave | Microsoft : 67 % des revenus | Étude Sona Asset Management, relayée par le FT |
| Applied Digital | Oracle : 67 % des revenus ; CoreWeave : 30 % | Étude Sona Asset Management, relayée par le FT |
| Lambda | GPU achetés à crédit et loués à Microsoft (1 Md$ de dette privée) | Bloomberg, relayé par TechCrunch le 28 août |
La concentration n'est pas cachée : le document énumère lui-même les « jalons de performance stricts, exigences de niveau de service et pénalités de retard » des grands contrats, avec leurs droits de résiliation. Les 103 Md$ de contrats longs sont à la fois le risque majeur et l'argument central du dossier.
L'accord Anthropic : 44,6 milliards sous conditions
Notre article du 27 août reprenait l'engagement d'environ 45 Md$ rapporté par Bloomberg. Le prospectus, qui fait foi, chiffre les Anthropic Services Agreements, signés le 25 août en quatre accords séparés, à « jusqu'à environ 44,6 milliards de dollars ». Les deux chiffres se réconcilient : environ 45 pour la presse fin août, 44,6 en plafond contractuel un mois plus tard. Chaque article garde sa source datée.
Les accords de services Anthropic comprennent des jalons de livraison ainsi que des exigences strictes de disponibilité et de temps de fonctionnement, accompagnés de droits de résiliation et d'autres recours contractuels en cas de retard ou de sous-performance prolongée.Nscale, prospectus S-1 du 18 septembre 2026 (traduit de l'anglais)
Deux précisions vont plus loin que la presse : Anthropic peut résilier une tranche sans indemnité en cas de retard, ou l'accord si la disponibilité mensuelle passe sous des seuils prolongés. Et le financement n'est pas bouclé, au jour du dépôt, aucun engagement ferme n'était obtenu pour équiper cet accord, tous les financements restant « en cours ». Le tour du 15 septembre, 3,1 Md$ dont 1 Md$ de convertibles pour Nvidia, avec conversion automatique à l'introduction, vient l'alimenter.
Du minage de cryptos à Wall Street en deux ans et demi
Nscale est née de la refonte d'Arkon Energy, opérateur australien de data centers pour le minage : le prospectus décrit l'arrêt du minage et le lancement du cloud haute performance en 2024. Depuis, la société a empilé le campus Monarch en Virginie-Occidentale (2 250 acres, jusqu'à 6,5 GW de charge informatique), le campus de Sines au Portugal (200 MW, plus de 66 000 GPU Vera Rubin pour Microsoft dès fin 2027) et l'acquisition d'Anyscale en juillet pour la couche logicielle. TechCrunch situe ses data centers en Norvège, au Portugal, au Texas et en Virginie-Occidentale ; le conseil accueille depuis février Sheryl Sandberg et Nick Clegg (tous deux ex-Meta), et depuis septembre Fidji Simo (ex-Instacart, ex-OpenAI).
Pendant que Nscale frappe à la porte de Wall Street, Sam Altman écarte une introduction d'OpenAI en 2026, et Anthropic, son deuxième contrat, prépare la sienne avec des revenus annualisés dépassant 65 Md$. La chaîne se referme : les laboratoires louent le calcul des néoclouds, qui s'endettent pour acheter des GPU comme Lambda et son milliard de dette, et l'ensemble ira s'évaluer en Bourse. L'introduction de Nscale testera, écrit TechCrunch, l'appétit de Wall Street pour les paris concentrés.
Questions fréquentes
Qui est Nscale ?
Un néocloud britannique né en 2024 de la refonte d'Arkon Energy, opérateur de data centers pour le minage de cryptomonnaies.
Où et sous quel ticker ?
Au New York Stock Exchange sous le symbole NSCL, selon le prospectus. Le calendrier n'est pas fixé.
Quelle valorisation est visée ?
Autour de 30 Md$ selon Reuters, 35 Md$ selon le Financial Times ; le prospectus laisse les montants en blanc.
Pourquoi la concentration inquiète ?
Environ 85 % des contrats reposent sur Microsoft et Anthropic ; l'étude de Sona Asset Management relayée par le FT estime qu'un revers d'un acteur majeur peut affecter toute l'industrie.
L'accord Anthropic est-il définitif ?
Signé mais conditionnel : jalons de livraison, seuils de disponibilité et financements encore « en cours » au jour du dépôt.


