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Robotique · 6 min de lecture

Drones et robots : les États-Unis taxent jusqu'à 100 %, la Chine garde l'échelle

Jusqu'à 100 % de droits sur les drones importés aux États-Unis dès le 3 septembre, humanoïdes étrangers sur la liste noire de la FCC : Pékin garde l'échelle.

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L'été 2026 aura posé deux verrous autour de la robotique chinoise. Le 28 juillet, la FCC a inscrit les dispositifs robotiques avancés produits à l'étranger sur sa Covered List, la liste noire des équipements jugés dangereux pour la sécurité nationale. Le 13 août, une proclamation présidentielle a imposé jusqu'à 100 % de droits de douane sur les drones importés, en vigueur le 3 septembre. Une analyse de TechCrunch publiée le 30 août pose la question que ces barrières ne règlent pas : les États-Unis ferment leur marché, la Chine conserve l'échelle.

Le dossier prolonge celui des droits de douane sur les puces, décidés dans le même cadre juridique, la Section 232 du Trade Expansion Act de 1962, qui permet de taxer au nom de la sécurité nationale. La cible est double : les drones, où la Chine domine le marché mondial, et les humanoïdes, dont les usines chinoises ont livré plus de 22 000 machines en six mois.

À retenir · l'essentiel
Le verrou douanier100 % de droits sur les drones de plus de 25 kg ou à imagerie thermique et sur les stations d'accueil, 25 % sur les autres, dès le 3 septembre 2026.
Le verrou réglementaireLa FCC n'homologue plus les nouveaux robots mobiles (humanoïdes, quadrupèdes) produits à l'étranger depuis le 28 juillet.
L'échelle chinoisePlus de 22 000 humanoïdes expédiés dans le monde au premier semestre 2026, dont l'immense majorité de fabrication chinoise (Counterpoint).
La limiteLes droits frappent les importations aux États-Unis ; les fabricants chinois cherchent d'autres marchés.
Les chiffres des deux dossiers
100 %
de droits sur les drones de plus de 25 kg ou à imagerie thermique, dès le 3 septembre
25 %
sur les drones de 25 kg ou moins, et sur certains composants à partir du 9 février 2027
22 000
humanoïdes expédiés dans le monde au premier semestre 2026, environ 300 % de plus qu'un an plus tôt (Counterpoint)
86 %
des expéditions mondiales réalisées par les cinq premiers fabricants, tous chinois

Ce que prévoit la proclamation : 100 %, 25 %, des exceptions et un programme d'onshoring

La proclamation présidentielle du 13 août 2026 : 100 % de droits sur les drones de plus de 25 kg ou à imagerie thermique dès le 3 septembre, 25 % sur les composants à partir du 9 février 2027.
La proclamation présidentielle du 13 août 2026 : 100 % de droits sur les drones de plus de 25 kg ou à imagerie thermique dès le 3 septembre, 25 % sur les composants à partir du 9 février 2027.

Le texte signé le 13 août est plus précis que le résumé qu'en ont donné les médias : 100 % de droits ad valorem sur les drones dont la masse maximale au décollage dépasse 25 kg, sur ceux qui intègrent des imageurs thermiques, sur les stations d'accueil qui pilotent les systèmes autonomes et sur une liste de composants critiques ; 25 % sur les drones de 25 kg ou moins. Les composants de l'annexe III passeront à 25 % avec 180 jours de décalage, soit le 9 février 2027, pour laisser le temps à la production américaine de s'organiser.

Le décret prévoit aussi des plafonds pour les alliés : 15 % maximum pour les produits du Japon, de Corée du Sud, de Taïwan, de Suisse, du Liechtenstein et de l'Union européenne, 10 % pour le Royaume-Uni, si l'essentiel des composants critiques est certifié de ces pays. Et un programme dit d'« onshoring » : s'engager à construire une usine aux États-Unis avant le 20 janvier 2029 permet d'importer sans ces droits pendant le chantier.

La justification reprend le rapport du secrétaire au Commerce au titre de la Section 232 : dépendance à des sources étrangères pour des composants essentiels (moteurs, contrôleurs électroniques, batteries lithium-ion, stations d'accueil), et logiciels embarqués capables d'envoyer des données vers le fabricant sans contrôle possible de l'opérateur. Le 20 août, la Chine a répondu qu'elle « s'oppose fermement » à ces droits et a demandé leur retrait, selon Le Figaro. DJI, que la presse économique française décrit comme contrôlant plus des deux tiers du marché mondial, n'est nommée nulle part dans la proclamation : la cible est le produit, pas l'entreprise.

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Une cible qui dépasse la Chine

Les deux textes visent les produits fabriqués à l'étranger, quelle que soit l'origine. La FCC parle de produits « regardless of the nationality of origin », et les droits douaniers s'appliquent à toute importation aux États-Unis : un drone européen ou japonais paie aussi, simplement plafonné à 15 % ou 10 % si ses composants sont certifiés de pays alliés.

La Covered List : les drones en décembre 2025, les humanoïdes en juillet

La Covered List de la FCC, créée en 2021 avec les équipements de Huawei, ZTE ou Hikvision, s'était déjà élargie aux systèmes d'aéronefs sans équipage et à leurs composants critiques le 22 décembre 2025. Le 28 juillet 2026, deux catégories nouvelles y ont été ajoutées le même jour : les « dispositifs robotiques avancés », définis comme les robots mobiles, humanoïdes et quadrupèdes, et les onduleurs de puissance connectés produits à l'étranger. Cette seconde catégorie, que la plupart des reprises passent sous silence, concerne l'énergie et les réseaux, pas la robotique.

L'effet est circonscrit mais réel : les nouveaux modèles concernés ne peuvent plus recevoir l'autorisation d'équipement de la FCC, laquelle conditionne leur importation et leur vente aux États-Unis. Les modèles déjà autorisés, les appareils déjà achetés et le gouvernement fédéral ne sont pas touchés, et une « approbation conditionnelle » du Department of War permet une dérogation. Le président de la FCC Brendan Carr se félicite que la commission agisse « en parfaite coordination » avec les agences de sécurité nationale.

𝕏FCC (@FCC) · 11 août 2026 · traduit de l'anglais
Fabriqué en Amérique : après l'action de la FCC interdisant l'importation de nouveaux modèles de drones produits à l'étranger, 5 milliards de dollars d'investissements américains dans les drones, des milliers d'emplois nouveaux et de nouvelles surfaces d'usines.
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Agility Robotics, l'un des rares fabricants américains d'humanoïdes, a salué la décision dans un post du 30 juillet : son robot Digit est conçu et assemblé aux États-Unis.

Cette décision récompense les entreprises qui ont investi pour construire, dès le départ, des chaînes d'approvisionnement domestiques de confiance.
Agility Robotics (traduit de l'anglais)

22 000 humanoïdes au premier semestre : la Chine garde l'échelle

C'est là que les barrières butent sur leur limite. Selon Counterpoint Research (relevé du 19 août), les expéditions mondiales de robots humanoïdes ont dépassé 22 000 unités au premier semestre 2026, en hausse d'environ 300 % sur un an, et l'immense majorité sort d'usines chinoises. Le cabinet projette plus de 50 000 unités sur l'année entière. Ces machines restent d'abord des produits de divertissement, de démonstration et de production de données (plus de 60 % du total), la manufacture et la logistique progressant lentement (13 % et 5 %).

FabricantExpéditions au S1 2026Part de marché
AgiBot9 700plus de 43 %
Unitreeplus de 7 00031 %
Galbotplus de 1 100environ 5 %
UBTECHde l'ordre de 1 0004,4 %
Leju Robotics6502,9 %

Les cinq premiers fabricants, tous chinois, cumulent 86 % des expéditions. Unitree, introduite à la bourse de Shanghai selon Counterpoint, et AgiBot écrasent un marché où les acteurs américains restent, selon l'analyste Soumen Mandal, à une tout autre échelle. Les humanoïdes chinois se sont d'ailleurs produits en public cet été, des Jeux mondiaux de Pékin aux lignes de production. Ankur Saxena, directeur d'investissement chez TDK Ventures, résume l'asymétrie pour TechCrunch : « Les États-Unis mènent sur l'IA de pointe, le logiciel et l'innovation dans les semi-conducteurs. La Chine mène sur l'échelle de production, la profondeur de la chaîne d'approvisionnement et les coûts. On ne règlera pas une courbe de coûts par des sanctions. On ne peut que produire plus, et l'Amérique n'a pas encore commencé l'investissement d'une décennie que cela exige. »

Deux écosystèmes, un marché qui se régionalise

La conséquence la plus lisible vient des drones, dont le marché se scinde déjà en deux mondes selon Bentzion Levinson, fondateur du fabricant américain Heven AeroTech : un marché conduit par les États-Unis autour de systèmes conformes au NDAA, la loi de défense qui encadre l'achat d'équipements étrangers, face à un marché chinois du bas coût à fort volume. Pour lui, l'Occident ne battra pas la Chine sur le drone grand public : « Le prochain champ de bataille porte sur qui possédera l'architecture énergétique et les charges utiles de nouvelle génération. » Pour les humanoïdes, Mandal attend le scénario des véhicules électriques chinois : monter en puissance chez soi, s'étendre à l'export, puis produire localement, tandis que le Japon (Toyota), la Corée du Sud (Hyundai, qui possède Boston Dynamics) et Taïwan occuperaient un terrain intermédiaire. Saxena le formule d'une phrase : « l'alternative à la Chine n'est pas une chaîne d'approvisionnement américaine purement nationale, c'est une chaîne alliée diversifiée ». Yang Fang, de la start-up Beagle Technology, voit pour sa part une robotique plus régionale, chaque industrie concevant ses machines pour son propre marché.

Ce que ça change pour un acheteur en France

À court terme, rien de direct : ces droits frappent les importations sur le territoire américain, et la Covered List règle l'homologation américaine des équipements. Rien n'indique de mesure européenne équivalente à ce jour. Les effets attendus sont indirects et attribués : selon Counterpoint, les fabricants chinois d'humanoïdes visent précisément l'Europe pour leur expansion, ce qui devrait y maintenir une offre large et agressive sur les prix, pendant que le marché américain se referme.

Aux États-Unis, l'automatisation se construit désormais sans les fournisseurs visés : Meta teste des robots techniciens dans ses data centers, un exemple de la robotique « de confiance » que ces mesures veulent encourager. La suite se lit sur un calendrier simple : les composants drones passeront à 25 % le 9 février 2027, et les approbations conditionnelles pour les robots, ouvertes depuis le 28 juillet, diront quels modèles chinois obtiendront un sursis.

Questions fréquentes

Les drones DJI sont-ils interdits aux États-Unis ?

Pas nommément : la proclamation ne cite aucune entreprise. Mais les droits s'appliquent aux importations depuis le 3 septembre 2026, et les nouveaux modèles étrangers ne sont plus homologables par la FCC depuis décembre 2025.

Les robots humanoïdes chinois sont-ils interdits aux États-Unis ?

Les nouveaux modèles produits à l'étranger ne peuvent plus recevoir l'autorisation FCC depuis le 28 juillet 2026. Les modèles déjà autorisés, les appareils déjà achetés et le gouvernement fédéral ne sont pas concernés, et une approbation conditionnelle du Department of War permet une dérogation.

Ces mesures concernent-elles la France ?

Pas directement : ce sont des droits à l'importation et des règles d'homologation américaines. Selon Counterpoint, l'Europe fait partie des marchés visés par l'expansion des fabricants chinois.