DeepSeek prépare un tour de 80 milliards de yuans et une cotation à Shanghai
Au moins 10,6 milliards d'euros en vue, des investisseurs passés au crible et une Bourse chinoise visée début 2027 : le tour qui institutionnalise DeepSeek.

Mardi 6 octobre, Bloomberg rapporte, en citant des personnes proches du dossier, que DeepSeek s'apprête à boucler un tour de table d'au moins 80 milliards de yuans, soit 10,6 milliards d'euros au cours de référence de la Banque centrale européenne du 6 octobre, selon la conversion publiée par ActuIA. Le laboratoire de Hangzhou en visait 50. CNBC a confirmé l'essentiel dans la journée auprès de deux sources, et Reuters a relayé l'information. La demande a dépassé l'objectif au point que le total final pourrait approcher 100 milliards de yuans, 13,2 milliards d'euros, d'après les term sheets déjà signées.
L'événement dépasse la comptabilité. Jusqu'en 2026, DeepSeek vivait sans capital extérieur, financé par les profits et les GPU du fonds quantitatif High-Flyer de son fondateur Liang Wenfeng. Le tour qui se conclut en change la nature : un actionnariat trié, dominé par des capitaux publics et industriels, et une introduction en Bourse planifiée à Shanghai.
Un tour sursouscrit, des chiffres encore mobiles
La dynamique tient en partie à la sortie de V4.1-Flash le 10 septembre : le petit dernier de la famille V4 est arrivé avec ses poids publiés sous licence MIT et une baisse de tarifs, et l'intérêt des investisseurs a dépassé les attentes, selon Bloomberg. Attendu pour la fin août, le tour avait traîné parce que certains candidats hésitaient sur le prix ; CNBC décrit des discussions désormais proches de leur conclusion.
La valorisation visée, environ 500 milliards de yuans, situe DeepSeek au-dessus de son compatriote Z.AI, valorisé autour de 54 milliards de dollars le 9 septembre selon Reuters, mais très en dessous des montants évoqués pour Anthropic ou OpenAI : Reuters y voit « un écart qui reflète une forte disparité de revenus ». Au même moment, un acteur américain signe environ 45 milliards de dollars de simple location de capacité de calcul.

Tout provient d'un article de Bloomberg fondé sur des sources anonymes, recoupé par CNBC et relayé par Reuters et ActuIA. Les montants sont des formulations d'intention : « au moins », « pourrait approcher », et CNBC précise que le processus reste fluide et que le montant peut encore changer. DeepSeek n'a pas répondu à l'agence (mardi était férié en Chine), CATL a refusé de commenter, Tencent n'a pas réagi. Au 6 octobre, le journal des mises à jour de DeepSeek ne mentionne aucune levée : la prochaine étape vérifiable sera l'ouverture de la procédure de cotation, attendue avant la fin de l'année.
Des investisseurs passés au crible
Le détail le plus politique du dossier est la méthode. Selon CNBC, DeepSeek passe chaque candidat au crible, écarte les fonds privés levés auprès de particuliers et réserve l'essentiel du tour aux capitaux publics et aux groupes industriels. Le tour de table qui se dessine est un financement industriel plus que financier.
| Investisseur | Secteur | Ce qui est rapporté au 6 octobre |
|---|---|---|
| Tencent | Internet (WeChat, jeux) | Parmi les plus gros engagements du tour, selon Bloomberg |
| CATL | Batteries | Parmi les plus gros engagements ; a refusé de commenter |
| Geely | Automobile | Capital engagé, selon l'une des sources de CNBC |
| Monolith Management | Gestion d'actifs | Capital engagé, selon l'une des sources de CNBC |
| Loyal Valley Capital | Gestion d'actifs | Capital engagé, selon l'une des sources de CNBC |
Nuance utile relevée par ActuIA : aucun fonds public n'est nommé parmi les engagements connus. Le caractère étatique du tour tient, pour l'instant, à la description du vivier filtré par CNBC, et à la présence du fonds national d'investissement dans l'industrie de l'IA au capital depuis juin. La lecture géopolitique reste celle que faisait Reuters dès juin à propos de la liste des investisseurs :
souligne les efforts de la Chine pour bâtir une industrie de l'IA de plus en plus autosuffisante, des modèles à l'infrastructure énergétique.Reuters, repris par ActuIA le 6 octobre
De la commandite de juin à la Bourse de Shanghai
En juin, DeepSeek avait bouclé son premier tour extérieur : environ 50 milliards de yuans, valorisation post-money d'environ 350 milliards selon un dépôt d'investisseur cité par CNBC, 350 à 400 milliards selon Reuters. Liang Wenfeng y avait souscrit 20 milliards en propre, devant Tencent (10 milliards), CATL (5), NetEase, JD.com, IDG Capital et le fonds national. Les investisseurs étaient entrés par une société en commandite gérée par Liang, sans droit de vote et avec un blocage de cinq ans, selon The Information relayé par ActuIA : le fondateur gardait le contrôle.
La suite s'écrit vers la Bourse. Reuters révélait le 9 septembre que CITIC Securities avait été mandaté pour préparer une cotation sur le STAR Market de Shanghai, avec une procédure à engager avant la fin de l'année ; Bloomberg ajoute qu'une restructuration suivra le bouclage du tour, pour une cotation visée début 2027. Le calendrier presse : Z.AI et MiniMax se sont cotées à Hong Kong les 8 et 9 janvier, MiniMax a doublé le jour de son entrée, et Moonshot AI vise lui aussi début 2027. Une cotation obligera DeepSeek à publier des comptes : une première mesure de ce que rapportent des modèles ouverts servis à bas prix.
160 000 puces Huawei, et l'entraînement toujours sur Nvidia
L'usage de l'argent résume la géopolitique du calcul. DeepSeek prévoit de déployer au moins 160 000 accélérateurs Huawei dans le centre de données qu'il construit en Mongolie-Intérieure, rappelle Bloomberg, ce qui en ferait l'une des plus grandes grappes connues de puces Huawei. Elles ne sont pas destinées à l'entraînement, qui reste sur GPU Nvidia, dont les exportations vers la Chine sont restreintes par Washington. Le laboratoire a aussi co-publié avec Huawei les logiciels pour les programmer, dont DeepGEMM-Ascend, portage de ses bibliothèques de calcul matriciel compatible au niveau des API avec la version pour GPU.
Le capital doit aussi financer les modèles et la rétention des talents, selon Reuters : DeepSeek a perdu des chercheurs au profit de ByteDance et de Xiaomi, mieux financés. Sur le cap, l'engagement reste oral : en juillet, auprès d'investisseurs, Liang Wenfeng a indiqué privilégier l'intelligence artificielle générale plutôt que la monétisation, et s'est engagé à continuer de développer des modèles ouverts, selon Bloomberg.
Ce qui change, et ce qui ne change pas, pour vous
À court terme, rien. L'application reste gratuite et l'API inchangée : au 6 octobre, le journal des mises à jour de DeepSeek ne mentionne aucune levée, et sa dernière entrée (le 10 septembre) annonce V4.1-Flash et des prix en baisse, après la hausse générale d'août. La fiche DeepSeek garde ses repères d'usage et de tarifs.
À plus long terme, la trajectoire change d'échelle, et pas seulement en montant. Un DeepSeek coté à Shanghai, adossé au fonds national et financé par les plus grands groupes industriels chinois, sera plus exposé encore aux tensions avec l'Occident : le 8 septembre, la NSA, la CISA et le FBI l'ont nommé parmi six sociétés chinoises accusées de distillation à l'échelle industrielle des modèles américains. Pour les équipes européennes qui exploitent ses poids ou son API, la promesse d'ouverture des modèles n'aura d'autre garant que son auteur, une donnée de plus à peser dans un choix d'approvisionnement.
Questions fréquentes
Combien DeepSeek lève-t-il ?
Au moins 80 milliards de yuans, environ 10,6 milliards d'euros, d'après Bloomberg, avec un total qui pourrait approcher 100 milliards (13,2 milliards d'euros) selon les term sheets signées. Aucun chiffre n'est officialisé par l'entreprise.
Qui finance ce tour de table ?
Tencent et CATL comptent parmi les plus gros engagements selon Bloomberg ; Geely, Monolith Management et Loyal Valley Capital ont engagé des capitaux selon CNBC. DeepSeek écarte les fonds privés levés auprès de particuliers.
Quand DeepSeek entre-t-il en Bourse ?
Une introduction sur le STAR Market de Shanghai est visée début 2027, CITIC Securities ayant été mandaté pour engager la procédure avant la fin de l'année, selon Reuters. Le calendrier peut encore bouger.
La levée change-t-elle l'app ou l'API ?
Non. Aucune levée n'apparaît au 6 octobre dans le journal des mises à jour de DeepSeek, et les tarifs de l'API restent ceux annoncés le 10 septembre avec V4.1-Flash.


