Outils Intelligence Artificielle
Accueil/ Actualités/ Sécurité/ Distillation : la NSA, la CISA et le FBI accusent six sociétés chinoises d'IA
Sécurité · 6 min de lecture

Distillation : la NSA, la CISA et le FBI accusent six sociétés chinoises d'IA

L'avis conjoint AA26-251A du 8 septembre nomme DeepSeek, Moonshot AI, Alibaba, MiniMax, StepFun et Z.AI, et prescrit des ripostes inédites aux fournisseurs américains.

Illustration

Mardi 8 septembre 2026, la NSA, la CISA et le FBI ont publié un avis conjoint référencé AA26-251A, intitulé « China-Based Artificial Intelligence Companies Conducting Industrial-Scale Distillation Campaigns Against U.S. AI Companies ». Pour la première fois, l'État américain s'aligne sur les accusations qu'OpenAI et Anthropic multiplient depuis un an contre des laboratoires chinois.

À retenir · l'essentiel
L'avisAA26-251A, publié le 8 septembre 2026 par la NSA, la CISA et le FBI.
Les accusésDeepSeek, Moonshot AI, Alibaba, MiniMax, StepFun et Z.AI, « probablement avec la connaissance du gouvernement chinois ».
La thèseLa distillation ne serait pas un supplément au développement de ces sociétés, mais « son cœur critique ».
La mesure la plus forteAltérer en secret les réponses servies aux comptes suspects.

Un avis conjoint qui monte d'un cran

Pour les trois agences, les six sociétés visées ont extrait « des milliards de tokens sur des millions d'échanges » des modèles américains, notamment des variantes de Claude, GPT, Gemini et Grok, depuis fin 2024 au moins. L'avis précise que ces campagnes auraient eu lieu « probablement avec la connaissance du gouvernement chinois ». La phrase centrale, traduite par ActuIA : « l'ampleur et la sophistication de ces campagnes indiquent que la distillation n'est pas un supplément au développement de modèles de ces entreprises, mais son cœur critique ».

Les agences le reconnaissent : la distillation, qui entraîne un modèle sur les sorties d'un modèle plus capable, est « légitime et utile ». Ce qu'elles visent est autre chose : des comptes frauduleux par dizaines de milliers (selon des divulgations de l'industrie citées par l'avis), des achats en masse d'abonnements premium partagés entre équipes, un marché gris de proxys d'API surnommés « stations de transfert » pour contourner les restrictions géographiques, un nettoyage automatisé des métadonnées et des prompts de jailbreak pour extirper la chaîne de raisonnement cachée.

L'avis règle aussi un compte avec le récit fondateur de DeepSeek : son coût d'entraînement de 5,6 millions de dollars, avancé pour V3, y est qualifié de trompeur car il exclut le coût des données obtenues par distillation.

Les chiffres de l'affaire
6
sociétés chinoises nommément désignées
Des milliards
de tokens extraits depuis fin 2024 au moins
Des millions
d'échanges et de requêtes concernés
5,6 M$
coût DeepSeek qualifié de trompeur par l'avis

Six sociétés nommées, cibles par cibles

La pièce centrale du document : son tableau société par société.

SociétéModèles visésCapacités extraites et période
DeepSeekClaude, GPT, Gemini, GrokDonnées d'entraînement pour R1 et V3, dont raisonnement et fonctions agentiques, fin 2024 à mi-2025
Moonshot AIClaude, GPT, GeminiMillions d'échanges depuis mi-2025 : raisonnement agentique, code, vision
AlibabaClaude, GPT-5Génie logiciel, service client, création de personnages, fin 2025
MiniMaxClaude Code, Claude, GeminiRaisonnement et code du modèle M2, fin 2025, avec des injections de prompt contre Claude Code
StepFunClaude, GPT (jusqu'à GPT-5.2)Code et fonctions agentiques de Step 4, fin 2025 à début 2026
Z.AIGPT-5.5, Claude OpusMilliards de tokens pour la chaîne de raisonnement, à partir de mi-2026

Moonshot AI, éditeur de Kimi, aurait entraîné Kimi K3 sur des données de Claude Fable 5, et Kimi K2 sur des données de GPT-4o ; Alibaba aurait distillé au profit de sa famille Qwen. Cas le plus singulier, MiniMax : des injections de prompt auraient visé à faire croire à Claude Code qu'il s'agissait d'un produit MiniMax, et ses échanges auraient été redirigés vers un nouveau modèle Claude moins de 24 heures après sa sortie.

L'avis conjoint AA26-251A sur le site de la CISA, 8 septembre 2026.
L'avis conjoint AA26-251A sur le site de la CISA, 8 septembre 2026.

Dégrader les réponses en secret, la recommandation qui interroge

L'avis prescrit trois actions immédiates : détecter les prompts, comptes et comportements anormaux (ratios abonnement/usage suspects, comptes nouveaux immédiatement à saturation) ; servir des réponses altérées aux tentatives de distillation présumées ; organiser le partage de renseignements entre fournisseurs, clouds et agrégateurs d'API.

La deuxième mesure est la plus inédite : des « changements subtils » (même information avec un raisonnement différent, profondeur de raisonnement réduite, incohérences stylistiques), voire la bascule des comptes suspects vers un modèle moins performant. Et explicitement : ne pas les en avertir, pour ne pas leur permettre d'adapter leurs contournements.

𝕏CISA (@CISAgov) · 8 septembre 2026 · traduit de l'anglais
Des entreprises d'IA basées en Chine mènent des campagnes de distillation à l'échelle industrielle pour extraire des capacités propriétaires des modèles d'IA américains. Notre avis conjoint avec la NSA et le FBI détaille la menace et les actions à mener pour aider à protéger le leadership américain dans l'IA. En savoir plus : https://go.dhs.gov/56v
Voir le post sur X
Nous exhortons vivement les entreprises d'IA à prendre des mesures immédiates pour protéger leurs plateformes contre les campagnes de distillation des connaissances qui menacent de combler l'écart avec les avancées réalisées par les entreprises américaines.
Nick Andersen, directeur par intérim de la CISA

Cette prescription a un angle mort, pointé par ActuIA : une flotte d'agents légitime à fort volume (usage continu, débit maximal, comptes partagés) présente précisément les signatures que l'avis liste comme indicateurs. Altérer des réponses en secret peut donc dégrader le service de clients légitimes sans les prévenir. Ars Technica rappelle qu'OpenAI avait déjà dû corriger un routage qui orientait par défaut vers des variantes moins capables. Kyle Chan, de la Brookings Institution, avait averti dès avril qu'il serait extrêmement difficile de distinguer une distillation non autorisée d'un usage légitime à fort volume.

Ce que ça change pour les utilisateurs en France

Rien de direct : l'avis vise des pratiques de développement, pas l'usage des modèles. Deux conséquences indirectes, selon ActuIA. D'abord, si les modèles ouverts chinois, très utilisés en Europe pour leur coût, doivent une part de leurs capacités aux modèles américains, la riposte prescrite pourrait ralentir leur prochaine génération. Ensuite, une entreprise européenne qui exploite des flottes d'agents sur des API américaines a une raison concrète de documenter ses usages et de surveiller la qualité de ses sorties.

Pékin a aussitôt réagi : le ministère des Affaires étrangères a jugé les accusations infondées, un porte-parole de l'ambassade a dénoncé une « attaque délibérée » contre l'industrie chinoise de l'IA, rapporte Bloomberg. L'avis tombe à deux semaines d'une rencontre prévue entre Donald Trump et Xi Jinping le 24 septembre.

Le fil des événements, d'après la chronologie reconstituée par ActuIA
12 février 2026OpenAI remet un mémo au House Select Committee sur la Chine concernant des comptes liés à DeepSeek.
Février 2026Anthropic accuse DeepSeek, MiniMax et Moonshot AI : plus de 16 millions d'échanges via environ 24 000 comptes frauduleux.
23 avril 2026Le conseiller scientifique Michael Kratsios publie un mémo sur des campagnes industrielles « principalement basées en Chine ».
Avril à juin 2026Anthropic dénonce une campagne d'Alibaba : environ 25 000 comptes et près de 29 millions d'échanges.
8 septembre 2026L'avis conjoint NSA, CISA et FBI transforme ces griefs en document opérationnel.
!
Ce que l'avis ne démontre pas

L'avis ne rend pas publics ses éléments d'attribution et s'appuie en partie sur les divulgations des laboratoires américains, eux-mêmes concurrents commerciaux des sociétés visées. La distillation n'est pas illégale en soi : l'infraction alléguée tient à la fraude aux comptes et à la violation des conditions d'utilisation.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la distillation en IA ?

Entraîner un modèle sur les sorties d'un modèle plus capable. Elle est légitime et largement utilisée ; l'avis vise son industrialisation en violation des conditions d'utilisation.

Faut-il cesser d'utiliser Kimi, Qwen ou MiniMax ?

Non : les accusations portent sur les pratiques d'entraînement des éditeurs, pas sur leurs utilisateurs.