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Société · 5 min de lecture

Boston Dynamics : des salariés veulent annuler le contrat ICE signé

Plus de 300 salariés de Boston Dynamics demandent l'annulation d'un contrat déjà signé : la vente de quatre robots Spot à l'ICE pour 1,3 million de dollars.

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Plus de 300 salariés de Boston Dynamics demandent l'annulation d'un contrat déjà signé : la vente de quatre robots Spot à l'ICE, l'agence américaine de l'immigration, pour 1 304 296 dollars. La lettre a été envoyée aux dirigeants début septembre, révélée le 23 octobre par la radio WBUR.

L'affaire met à l'épreuve les règles que l'entreprise s'impose : pas d'armement, pas de ciblage autonome, pas d'usage intentionnel pour nuire.

Les chiffres de l'affaire
Plus de 300
signatures, dont environ la moitié anonymes
1 304 296 $
le montant du bon de commande de l'ICE
4
robots Spot modifiés vendus

Une lettre de septembre, un contrat déjà signé

Plus de 300 signataires selon Ars Technica, dont environ la moitié sous le nom « Anonymous », dans une entreprise d'environ 1 400 salariés, plus de 1 500 selon WBUR. La lettre, partagée avec The Boston Globe et la radio, demande l'annulation de la vente.

La vente était déjà conclue : après les premières critiques à la révélation de l'achat par le Département de la Sécurité intérieure (DHS) fin août, l'ICE a attribué le bon de commande le 25 septembre 2026. La lettre n'est devenue publique que le 23 octobre, reprise le 26 par Ars Technica et The Boston Globe.

!
Une lettre interne, un contrat déjà signé

La lettre, interne, date de début septembre 2026. Le contrat, attribué le 25 septembre, était signé quand la lettre a été révélée, le 23 octobre.

Le fil des événements
4 septembre 2025Raid ICE et HSI sur le site Hyundai-LG : 475 interpellations.
Début septembre 2026La lettre part aux dirigeants.
25 septembre 2026L'ICE attribue le contrat à Radeco (1 304 296 dollars).
23 octobre 2026WBUR rend la lettre publique.

Quatre Spot, un revendeur, un usage déclaré

Le bon de commande n° 70CMSW26P00000067, visible sur USASpending, engage 1 304 296 dollars jusqu'au 24 novembre 2026. Son bénéficiaire, Radeco Inc. (Plainfield, Connecticut), distributeur agréé de Boston Dynamics, est spécialisé en détection de radiations. Selon Ars Technica, qui a consulté le contrat, quatre Spot y sont modifiés par le revendeur et vendus comme la plateforme « Cerberus ».

La page USASpending du contrat : 1,3 million de dollars engagés, attribués à Radeco Inc. pour des « CERBERUS SPOT QUADRUPED ROBOTS » destinés à l'« Office of Firearms and Tactical Programs ».
La page USASpending du contrat : 1,3 million de dollars engagés, attribués à Radeco Inc. pour des « CERBERUS SPOT QUADRUPED ROBOTS » destinés à l'« Office of Firearms and Tactical Programs ».

Le contrat décrit, selon Ars Technica, des machines capables de détecter radiations, fuites de gaz toxiques et menaces explosives. L'usage déclaré : la détection CBRNE et l'inspection, contre les tunnels transfrontaliers illicites et les réseaux de contrebande et de traite des êtres humains.

Le libellé officiel destine ces robots à l'« Office of Firearms and Tactical Programs », sans autre détail public. Google a déjà piloté le Spot via ses modèles Gemini Robotics (notre article).

La réponse de Boston Dynamics et de la direction

La direction assume : un porte-parole décrit à Ars Technica des Spot « qui aident à tenir les gens à l'écart du danger » (traduit de l'anglais). L'entreprise dit travailler depuis des années avec le DHS et Homeland Security Investigations (HSI), sans violation de ses conditions recensée, et promet, en cas d'abus, une action immédiate : garantie annulée, licence révoquée, plus aucune vente.

Boston Dynamics affirme que les robots serviront principalement à HSI, l'unité chargée de la criminalité transnationale. Ars Technica rappelle que le Brennan Center a documenté la participation de HSI à des raids en milieu de travail entre 2018 et 2021.

Aux signataires, Amanda McMaster, à la direction générale par intérim, a répondu par courriel : décision maintenue, jugée conforme à la mission affichée, faire progresser les machines intelligentes de manière éthique au service de l'humanité. Ce courriel leur demande de respecter et d'accepter la décision, même sans la partager.

Aucune réaction publique de Hyundai, maison mère de Boston Dynamics à 80 % depuis juin 2021, n'a été trouvée sur ce contrat au 27 octobre.

Les règles invoquées par l'entreprise

Les conditions de vente du Spot, citées dans le courriel de la direction rapporté par Ars Technica et WBUR, interdisent d'utiliser intentionnellement le produit pour nuire ou intimider une personne ou un animal, comme arme ou pour en permettre une. Le texte complet n'est pas public.

La page « Ethical Principles » du site affiche le même cadre : « Nous n'autoriserons ni ne nous associerons à ceux qui souhaitent utiliser nos robots comme des armes ou comme des systèmes de ciblage autonome » (traduit de l'anglais). Elle accepte des clients gouvernementaux chargés de la sécurité, tant que leur travail respecte ses conditions d'usage.

La page « Boston Dynamics Ethical Principles » : la mission de l'entreprise, puis ses deux premiers principes affichés.
La page « Boston Dynamics Ethical Principles » : la mission de l'entreprise, puis ses deux premiers principes affichés.

Boston Dynamics et cinq autres fabricants (dont Unitree et ANYbotics) s'étaient engagés à ne pas armer leurs robots à mobilité avancée, un engagement daté d'octobre 2022 par la presse de l'époque. Elle soutient aussi un projet de loi de son État contre l'armement des robots et drones. Adopté ou non en 2026, son sort n'est pas connu.

Le raid cité par la pétition et les limites des règles

La pétition cite un raid : le 4 septembre 2025, une opération ICE et HSI sur le site Hyundai-LG d'Ellabell (Géorgie) a donné lieu à 475 interpellations. Le communiqué de l'ICE confirme que « 475 personnes ont été interpellées » (traduit de l'anglais), sans nommer Hyundai : le lien vient des reprises de presse. Les signataires écrivent ne pas être fiers de travailler pour une agence qui brutalise, selon eux, des civils, dont certains de leurs propres collègues chez Hyundai.

Le communiqué de l'ICE du 5 septembre 2025 sur l'opération de Savannah (Géorgie), qui annonce près de 500 interpellations.
Le communiqué de l'ICE du 5 septembre 2025 sur l'opération de Savannah (Géorgie), qui annonce près de 500 interpellations.

Les textes publics cités ici ne mentionnent ni la surveillance ni les raids. Les interdictions visent l'arme, le ciblage autonome et l'usage intentionnel pour nuire. La page des principes ajoute les lois sur la vie privée et les droits civiques. Ni les conditions de vente citées ni la page des principes ne disent si un emploi lors d'un raid violerait leurs clauses.

Le texte intégral de la lettre n'est pas publié en accès libre en ligne, et le compte des signataires varie selon les sources. Le rôle de l'« Office of Firearms and Tactical Programs », destinataire affiché du contrat, reste sans explication publique, ni son articulation avec la version d'un usage principalement HSI. Restent à surveiller : une réaction de Hyundai, le sort du projet de loi du Massachusetts, et d'éventuels détails du contrat.