Situational Awareness, le hedge fund IA de Leopold Aschenbrenner : ce que la SEC examine vraiment
Le fonds IA de Leopold Aschenbrenner, ex-chercheur d'OpenAI, a perdu environ 67 % en juillet avant le sauvetage de Citadel. La SEC assigne désormais quatre banques de Wall Street : le point, source par source.

Situational Awareness, fonds créé en septembre 2024 par Leopold Aschenbrenner, ancien chercheur d'OpenAI, a vécu le mois le plus dur de sa courte existence. Fin juillet, sous le choc d'une chute des actions liées à l'IA, son portefeuille public a été liquidé en urgence au profit de Citadel. Puis, le 24 août, le New York Times a rapporté que la Securities and Exchange Commission (SEC) avait assigné plusieurs grandes banques de Wall Street à comparaître.
Le fonds, présenté par la presse comme un hedge fund star et décrit sur son propre site comme un « investisseur mondial en actions axé sur l'IA », était devenu un emblème de la confiance dans l'économie de l'IA. Voici ce qui est documenté par des pièces officielles, ce qui est rapporté par la presse, et ce qui reste inconnu.
Le fonds, son créateur et son pari
Situational Awareness LP est une société en commandite du Delaware, enregistrée à la SEC sous le CIK 0002045724, au 77 Federal Street à San Francisco. Son site officiel décrit « un investisseur mondial en actions axé sur l'intelligence artificielle », fondé par Leopold Aschenbrenner en septembre 2024. La presse parle de hedge fund ; les documents de la SEC, de gestionnaire institutionnel.

Le fondateur, ex-membre de l'équipe Superalignment d'OpenAI, parti en 2024 selon Bloomberg, est l'auteur de l'essai viral « Situational Awareness: The Decade Ahead », publié en juin 2024. Parmi ses premiers investisseurs : les fondateurs de Stripe, Patrick et John Collison, ainsi que Daniel Gross et Nat Friedman.
Juillet 2026 : l'effondrement évité de justesse
Le déroulé vient d'une enquête de Bloomberg du 31 juillet 2026, signée Nishant Kumar, Katherine Burton, Sridhar Natarajan et Todd Gillespie : certaines banques avaient prêté au fonds « quatre à cinq fois » son capital ; quand les actions liées à l'IA se sont effondrées, les appels de marge se sont enchaînés.
Selon Bloomberg, le fonds a perdu environ 67 % sur juillet tout en restant en hausse d'environ 80 % sur l'année, d'après la lettre adressée à ses investisseurs le 30 juillet. Aschenbrenner y écrivait : « Nous vous avons déçus ce mois-ci » et promettait de piloter son portefeuille public « sans effet de levier ». Le fonds avait d'abord envisagé de vendre une partie de sa participation d'environ 5 milliards de dollars dans Anthropic ; le sauvetage de Citadel lui a permis de conserver ses positions privées.
Ce que montrent les dépôts de la SEC
Le 13F du 30 juin 2026, déposé le 14 août, est la pièce la plus instructive : 20 242 292 228 dollars d'actions américaines déclarables, 26 émetteurs. Ce document ne couvre que les positions américaines déclarables : il ne résume ni les actifs totaux du fonds ni son levier. SanDisk (5,67 Md$) et Micron (5,57 Md$) pesaient à eux deux environ 55 % du total, avec Bloom Energy (1,90 Md$), TSMC (1,27 Md$) et Nebius (1,23 Md$) derrière.

Au 31 mars, le portefeuille de 13,7 Md$ détenait Nvidia (1,57 Md$), Oracle, Broadcom, AMD et un gros ETF. Au 30 juin, ces lignes ont disparu au profit de la mémoire, de l'énergie et des data centers : le fonds a misé le trimestre sur précisément le segment qui s'est effondré en juillet. La note interne de Jane Street citée par Reuters le confirme : « plusieurs des plus grandes valeurs de la mémoire et des semi-conducteurs ont perdu environ 50 % ».
D'autres pièces publiques documentent la réduction : le 13D/A du 4 août montre la participation dans Core Scientific passer de 8,1 % (25,6 millions d'actions au 15 juillet) à 4,4 % (14,1 millions au 4 août), dont deux blocs de 5,76 millions d'actions le 3 août. Le 13G du 27 mai signalait déjà 5,6 % de Nebius Group.
La sonde de la SEC : ce qui est documenté, rapporté ou inconnu
Le New York Times a rapporté le 24 août que la SEC avait adressé des assignations à comparaître à des prêteurs de Wall Street, en citant trois personnes au courant de la démarche. Selon le détail rapporté par Investing.com, les quatre banques visées sont Bank of America, Citi, Goldman Sachs et JPMorgan. Les subpoenas porteraient sur le calendrier des opérations du fonds et sur ses échanges avec les prêteurs au sujet de l'effet de levier, avec consigne de conserver les documents.

La ligne de partage entre faits et suppositions est ici essentielle.
| Qui parle | Ce qui est affirmé | Statut |
|---|---|---|
| Site du fonds | Fondé en septembre 2024 par Leopold Aschenbrenner, investisseur mondial en actions IA | Document public, primaire |
| Dépôts SEC | Portefeuille, concentrations et cessions documentées sur pièces | Documents officiels, datés |
| Bloomberg (31 juillet) | 45 à 10 Md$ en juillet, levier de 4 à 5 fois le capital, sauvetage de Citadel, lettre du 30 juillet | Enquête sourcée, personnes informées |
| New York Times + Investing.com (24 août) | Assignations à Bank of America, Citi, Goldman Sachs et JPMorgan, enquête préliminaire | Presse, trois personnes au courant |
| Reuters et Fortune (24 août) | Confirment l'annonce ; la SEC ne commente pas ; une enquête ne vaut pas sanction | Presse, source bien informée |
| Jane Street, note interne citée par Reuters (14 août) | Perte de 15 Md$ en juillet, mémoire et semi-conducteurs à environ moins 50 % | Note interne, attribuée |
| Le fonds (communiqué, 24 août) | « Une activité hautement réglementée » qui coopérera « au maximum » | Communiqué du fonds |
| La SEC | Aucun commentaire | Silence |
Aucune accusation n'a été portée. La reconstitution complète des liquidations de juillet, la date de début de l'enquête, son périmètre précis et l'identité des autres créanciers ne sont pas publics. La SEC ne confirme ni n'infirme ; une procédure d'information peut se conclure sans aucune suite, comme le note Fortune.
Pourquoi cela compte au-delà de Wall Street
Le cas montre comment l'économie de l'IA est financée : des anticipations énormes, portées par le crédit et la concentration. Quand la thèse vacille, la correction dépasse le fonds : les contreparties encaissent, comme Jane Street avec 15 milliards de dollars de pertes en juillet. Le lien est direct avec le financement de l'infrastructure IA par Wall Street et la pénurie de mémoire qui gonfle les prix des serveurs.
Une lecture équilibrée s'impose. L'analyse d'Aswath Damodaran, professeur de finance à NYU Stern, publiée le 10 août, ne conclut pas sur l'IA mais sur la conviction : le problème n'est pas le pari, c'est ce que la conviction fait au dimensionnement des positions. Le fonds promet, lui, de renoncer au levier sur son portefeuille public.
Il est attendu que les régulateurs examinent de près les fonds très visibles, qui génèrent des rendements importants ou subissent des baisses très marquées. Nous sommes une activité hautement réglementée et nous coopérerons au maximum avec toute demande réglementaire.Situational Awareness, communiqué du 24 août 2026 · traduit de l'anglais
🚨 URGENT : la SEC assigne à comparaître de grandes banques de Wall Street sur leurs rapports avec Situational Awareness, le fonds de Leopold Aschenbrenner, selon le New York Times. La SEC enquêterait sur l'activité de trading et le financement du fonds, en cherchant des détails sur le calendrier des opérations et sur la façon dont le fonds communiquait avec ses prêteurs au sujet de l'effet de levier. Situational Awareness avait dépassé 30 milliards de dollars d'actifs avant de perdre environ 67 % de la valeur de son portefeuille en juillet, au milieu d'une forte chute des actions IA, ce qui l'a contraint à céder l'essentiel de ses positions publiques à Citadel.Voir le post sur X
Ce post cite « plus de 30 milliards de dollars d'actifs ». Bloomberg donne environ 45 milliards au début de juillet. Nous retenons le chiffre de Bloomberg ; les deux sources mentionnent la perte de 67 % en juillet.
Le point pour le lecteur : quand un fonds au profil si radical a failli s'effondrer, le cycle de l'IA n'est pas unidirectionnel. Les entreprises de la filière continuent d'engranger des revenus, Anthropic en affiche 65 milliards de dollars annualisés, mais la confiance des marchés reste une variable que rien ne garantit.
Situational Awareness : vos questions
Le fonds a-t-il fermé ?
Non. Bloomberg indique qu'il reste l'un des plus grands hedge funds d'actions au monde et qu'il a conservé ses investissements privés, dont une participation d'environ 5 milliards de dollars dans Anthropic.
La SEC accuse-t-elle quelqu'un ?
Non. L'enquête est préliminaire et porte, selon le New York Times, sur les échanges entre le fonds et ses prêteurs. Aucune accusation n'a été rendue publique.
Qu'est-ce qu'une assignation de la SEC pour le grand public ?
Une demande de documents adressée à des tiers, ici des banques, qui ne préluge en rien d'une faute. Une enquête peut se conclure sans action.
Le pari du fonds était-il sur les laboratoires d'IA ?
Non, pour l'essentiel. Le 13F du 30 juin montre surtout mémoire, semi-conducteurs, énergie et mineurs : une thèse sur l'infrastructure de l'IA, pas sur les modèles.


