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Réglementation · 7 min de lecture

Filigrane OpenAI : les textes de ChatGPT bientôt marqués par défaut dans l'UE

Pour l'AI Act, OpenAI active son filigrane textGrain par défaut dans ChatGPT et Codex dans l'UE, en option dans l'API, et publie les chiffres de ses limites.

Illustration

Lundi 5 octobre, OpenAI a publié un billet sobrement intitulé « Our approach to EU text provenance rules », notre approche des règles européennes de provenance du texte. Il y annonce textGrain, un filigrane invisible qui modifie très légèrement le choix des mots du modèle pour y déposer un signal statistique détectable. Dans l'Union européenne, ce marquage sera activé par défaut sur les textes éligibles de ChatGPT et Codex, « au cours des semaines à venir », sur tous les abonnements. Ailleurs, rien ne change par défaut, et l'API reste en opt-in.

C'est la première fois que l'éditeur de ChatGPT marque ses textes par défaut, et il le fait parce qu'une loi l'exige : les obligations de transparence du règlement européen sur l'IA, l'article 50, s'appliquent depuis le 2 août 2026. Le laboratoire publie en même temps les chiffres d'échec de son propre système, une rareté à mesurer avant de conclure quoi que ce soit sur la détection de textes IA.

✦ À retenir · l'essentiel
Le déploiementFiligrane activé par défaut dans ChatGPT et Codex dans l'UE, tous abonnements éligibles, « au cours des semaines à venir ».
L'APIOpt-in mondial ouvert dès le 5 octobre, désactivé par défaut ; partenaires cloud « dans les semaines à venir ».
Les chiffresEnviron 92 % de détection sur des passages de 400 tokens, 66 % après remplacement de 10 % des mots par des synonymes, 17 % après 25 %.
Le détecteurAccès sur candidature, réservé à des chercheurs et organisations approuvés, au cas par cas.
𝕏OpenAI (@OpenAI) · 5 octobre 2026 · traduit de l'anglais
Nous élargissons notre approche de la provenance des contenus au texte, en réponse aux exigences réglementaires européennes, tout en reconnaissant les limites importantes de la technologie actuelle de filigranage du texte. Nos outils aident déjà à vérifier si une image ou un fichier audio a été créé avec nos modèles. Ce travail s'appuie sur ces efforts pour aider chacun à mieux comprendre quand un contenu a pu être généré ou modifié avec un modèle OpenAI. Dans l'UE, nous commencerons à marquer les textes éligibles de ChatGPT et Codex au cours des semaines à venir, pour nous conformer à l'AI Act européen. Les clients de notre API peuvent activer le filigranage du texte pour certains modèles dans le monde entier dès aujourd'hui.
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Le billet « Our approach to EU text provenance rules » publié par OpenAI le 5 octobre 2026, source primaire de l'annonce du filigrane textGrain.
Le billet « Our approach to EU text provenance rules » publié par OpenAI le 5 octobre 2026, source primaire de l'annonce du filigrane textGrain.

Un défaut inversé selon la juridiction

SurfaceOùStatut au 7 octobre
ChatGPT et Codex (applications)Union européenneActivé par défaut « au cours des semaines à venir », tous abonnements éligibles
ChatGPT et Codex (applications)Hors UEPas de défaut global au lancement ; proposée mais désactivée par défaut selon Ars Technica
API OpenAIMonde entierOpt-in depuis le 5 octobre, désactivé par défaut, réglable au niveau du projet ou de l'organisation
Modèles servis par des partenaires cloudMonde entierAnnoncé « dans les semaines à venir »

Le billet assume le choix, et sa formulation fait de l'Europe un terrain d'expérience.

Nous ne faisons pas du filigranage du texte un défaut mondial au lancement. Cette approche régionale nous donne la place d'apprendre d'un usage réel et de ses retours.
Billet OpenAI, 5 octobre 2026 (traduit de l'anglais)

La comparaison avec le concurrent direct est éclairante : Anthropic a déployé un filigrane de texte similaire en août, mais activé mondialement, faute de moyen durable de limiter le marquage par région. OpenAI a choisi la découpe géographique : défaut dans l'UE où la loi l'exige, opt-in partout ailleurs. Selon le Wall Street Journal rapporté par TechCrunch, le laboratoire avait mis au point un filigrane dès 2024 mais en avait retardé la sortie, de crainte que ses utilisateurs ne migrent vers des concurrents qui ne marquent pas. La loi européenne a tranché ce calcul. Et Bruxelles devient, affaire après affaire, le régulateur de fait du laboratoire : OpenAI avait déjà dû déposer un rapport d'incident auprès de la Commission européenne en septembre.

92 %, 66 %, 17 % : le labo publie les chiffres de ses propres échecs

Le point le plus remarquable du billet n'est pas l'annonce, c'est ce qu'OpenAI dit de son efficacité. Sur des passages de 400 tokens, la détection atteint environ 92 % dans les meilleures conditions, avec un taux de faux positifs cible de 1 %. Remplacez 10 % des mots par des synonymes : elle tombe à 66 %. Remplacez 25 % des mots : elle s'effondre à 17 %. La longueur joue autant que l'édition, environ 80 % de détection sur des passages de 200 tokens contre environ 95 % à 400 tokens sur des contenus à choix de mots libres, et nettement moins sur les mathématiques, où le modèle a peu de latitude verbale. Le centre d'aide ajoute que la traduction peut rendre le filigrane indétectable.

Les chiffres du billet OpenAI
92 %
détection sur des passages de 400 tokens dans les meilleures conditions évaluées
66 %
détection après remplacement de 10 % des mots par des synonymes
17 %
détection après remplacement de 25 % des mots
80 à 95 %
fourchette selon la longueur, de 200 à 400 tokens, contenus à choix libres
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Un point souvent mal rapporté

Plusieurs reprises de presse font état d'une chute « de près de 75 % » de la détection quand on modifie « 20 % » du texte. Le billet d'OpenAI dit autre chose : les seuils testés sont 10 % et 25 % de mots remplacés par des synonymes, et la chute se mesure en points, de 92 % à 66 % puis à 17 %. Le chiffre de 75 correspond à l'écart entre 92 et 17, pas à un pourcentage relatif, et le seuil qui l'entraîne est 25 %, pas 20 %.

Le filigrane lui-même est décrit sans fard : un signal statistique invisible ajouté au choix des mots, sans caractères cachés ni ponctuation spéciale, qui voyage avec le texte copié-collé. Un rapport technique co-signé par des chercheurs des universités de Pennsylvanie et de Yale en détaille la mathématique, et OpenAI annonce vouloir ouvrir la technologie en open source. Dans ses évaluations, textGrain « égale ou dépasse » les autres approches testées, dont SynthID pour le texte, et les benchmarks de GPT-6 Astra ne changent pas de façon significative avec le marquage, 49,57 contre 49,76 points sur l'indice d'Artificial Analysis par exemple.

Le fil d'annonce sur X assume la même franchise.

𝕏OpenAI (@OpenAI) · 5 octobre 2026 · traduit de l'anglais
Les filigranes ont des limites. Ils sont souvent indétectables, en particulier dans les passages courts. Réécrire ou traduire un texte peut supprimer complètement le filigrane. C'est pourquoi, pour l'instant, seuls des chercheurs approuvés auront accès à notre détecteur, pour nous aider à évaluer et améliorer la technologie. Nous traitons le filigranage du texte comme un domaine de recherche en cours. Nous continuerons à tester et à améliorer, avec les retours des utilisateurs, des développeurs, des décideurs publics et des chercheurs. https://openai.com/index/eu-text-provenance/
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Un filigrane n'est pas un détecteur fiable

OpenAI l'écrit lui-même dans une section entière sur « ce qu'un filigrane de texte ne vous dit pas ». Une marque détectée n'indique ni la part d'intervention humaine, ni le propriétaire du texte, ni son auteur, ni sa véracité. Et l'absence de marque ne prouve pas une écriture humaine : un texte peut être trop court, édité, traduit, issu d'un modèle non couvert, antérieur au marquage, ou généré par un autre éditeur.

Le détecteur, lui, n'ouvrira pas au public. L'accès se demande sur candidature, examinée au cas par cas conformément au code de bonnes pratiques européen, et OpenAI travaille déjà avec un groupe restreint de chercheurs, dont John Thickstun à l'université Cornell et Martin Vechev à l'ETH Zurich et à l'INSAIT. Enseignants, éditeurs, recruteurs : rien à vérifier de votre côté, et les détecteurs commerciaux restent aussi peu fiables que ce que nous documentions dans notre guide sur la détection de textes IA. Pour situer textGrain dans le paysage, le tableau des filigranes en octobre 2026 vaut le détour.

ÉditeurSupportPortée du défautStatut
OpenAI (textGrain)TexteUE (applications), opt-in mondial (API)Déploiement « dans les semaines à venir »
AnthropicTexteMondialActif depuis août, premier modèle marqué début septembre, détecteur en aperçu privé
Google (Gemini)Images, vidéos, musiquesMondial, devenu optionnel le 14 aoûtMarque visible, désactivable par réglage
SynthID (Google DeepMind)Images et audioInvisibleIntégré par Google et déjà par OpenAI pour ses images et audio

Détail qui en dit long sur l'imbrication du secteur : les images et l'audio générés par les outils d'OpenAI portent déjà le SynthID de Google DeepMind, en plus des Content Credentials du standard C2PA. Sur le texte, chaque éditeur roule sa propre méthode, aucune n'est vérifiable par des tiers.

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Ce que ça ne résout pas

Même parfaitement déployé, le filigrane répond à une seule question : ce passage contient-il probablement le signal d'un modèle OpenAI ? Il ne dit pas qui a écrit, ni combien, ni si c'est vrai, ni qui est responsable. Il ne couvre pas les autres éditeurs, ni les modèles antérieurs, ni les textes retravaillés. Et tant que le détecteur reste fermé, il ne permet même pas cette unique réponse en dehors d'un cercle approuvé. L'obligation réglementaire est satisfaite, la détection fiable de textes IA reste un problème ouvert.

Le fil des événements
1er août 2024Entrée en vigueur du règlement européen sur l'IA.
Juillet 2026La Commission juge adéquat le code de bonnes pratiques sur la transparence des contenus générés.
2 août 2026Les obligations de marquage de l'article 50 s'appliquent aux modèles lancés à partir de cette date.
Août 2026Anthropic déploie son filigrane de texte, activé mondialement.
5 octobre 2026OpenAI publie son billet, ouvre l'opt-in API mondial et les candidatures d'accès au détecteur.
Semaines à venirFiligrane par défaut dans ChatGPT et Codex dans l'UE, tous abonnements éligibles.
2 décembre 2026Fin de la période de transition pour les systèmes antérieurs au 2 août.
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Astuce

Si vous publiez du contenu assisté par IA, ne comptez ni sur le filigrane ni sur un détecteur pour prouver quoi que ce soit. Documentez votre chaîne de production, qui rédige, qui relit, quel outil intervient et où : c'est cette traçabilité qui vaut preuve, pas un score de détection.

Questions fréquentes

Mes textes ChatGPT seront-ils marqués en France ?

Oui, sans action de votre part : la France relève du périmètre européen, et le filigrane sera activé par défaut dans ChatGPT et Codex « au cours des semaines à venir ». Le billet ne décrit aucun réglage pour le retirer dans les applications ; sur l'API, il reste en opt-in.

Peut-on vérifier soi-même si un texte porte le filigrane ?

Non. Le détecteur n'est pas public : l'accès se demande sur candidature, accordée au cas par cas à des chercheurs et organisations approuvés.

Le filigrane survit-il au copier-coller ?

Oui, puisqu'il réside dans le choix des mots et non dans des métadonnées. Mais il s'affaiblit à l'édition : environ 92 % de détection sur un passage de 400 tokens, 66 % après remplacement de 10 % des mots, 17 % après 25 %.

Claude et Gemini sont-ils concernés ?

Anthropic marque les textes de Claude mondialement depuis août ; Google marque les contenus visuels de Gemini avec une marque visible devenue optionnelle.