PISA 2025 : ce que l'enquête de l'OCDE dit vraiment de l'IA et des notes des élèves
Non-utilisants devant, usagers modérés épargnés, quotidiens pénalisés : PISA 2025 livre la première grande photographie mondiale de l'IA au service des devoirs.

L'OCDE a publié le 8 septembre 2026 les résultats de PISA 2025, premier cycle de son enquête triennale mené depuis la démocratisation des IA génératives. Plus de 760 000 élèves de 15 ans, représentant environ 33 millions de jeunes dans 91 pays et économies, ont été testés en sciences, en mathématiques et en compréhension de l'écrit, et interrogés sur leur usage des chatbots comme ChatGPT pour le travail scolaire.
Le résumé en une phrase circule déjà partout : les utilisateurs d'IA obtiennent de moins bons scores que les autres. Il est vrai en première approximation, mais il masque l'essentiel du rapport. Selon l'OCDE, l'effet dépend de la tâche confiée à la machine, de la fréquence d'usage, et surtout de l'entraînement à évaluer les contenus générés.
Que dit vraiment l'enquête sur l'IA et les notes
Le chapitre 4 du rapport consacre une section entière aux chatbots d'IA. Leur usage pour le travail scolaire est majoritaire dans la plupart des pays participants, mais l'usage intensif reste minoritaire : en moyenne OCDE, seuls 14 % des élèves déclarent n'avoir jamais, ou presque jamais, utilisé l'IA pour aucune des tâches scolaires recensées, et environ un élève sur cinq en fait un usage quasi quotidien. Et en sciences, les non-utilisants obtiennent généralement de meilleurs scores que les utilisateurs, même après prise en compte du statut socio-économique et culturel. L'OCDE en tire une formule prudente : l'usage de l'IA n'est pas une condition de la réussite, du moins au moment de PISA 2025.

Le compte X de l'éducation et des compétences de l'OCDE a résumé l'ampleur du phénomène au moment de la publication :
Près de la moitié des élèves utilisent l'IA pour apprendre au moins une fois par semaine. C'est ce que révèle la nouvelle édition du #OECDPISA, la plus grande enquête mondiale auprès des élèves de 15 ans. En savoir plus : https://t.co/OtcLqsN2yiVoir le post sur X
La tâche et la fréquence changent tout
PISA 2025 distingue quatre usages : résumer un texte à lire, mener une recherche préliminaire sur un nouveau sujet, rédiger des textes pour un devoir, et plus largement « m'aider à apprendre ». Toutes ces tâches ne pèsent pas pareil sur les résultats. Les plus pénalisées sont les tâches spécifiques, résumer ou rédiger, exactement les exercices où l'IA peut remplacer l'effort au lieu de l'accompagner. La recherche préliminaire et l'aide générale sont associées à une baisse nettement plus faible.
| Usage déclaré | Association avec les scores en sciences |
|---|---|
| Résumer un texte à lire | Très pénalisant |
| Rédiger des textes pour un devoir | Très pénalisant |
| Recherche préliminaire sur un sujet | Peu pénalisant |
| Aide générale à apprendre | Le moins pénalisant, comparable à la non-utilisation pour les hebdomadaires |
La fréquence, ensuite, dessine une courbe en U. Les scores les plus faibles se concentrent aux deux extrémités : les élèves qui utilisent l'IA une ou deux fois par an, et ceux qui l'utilisent tous les jours ou presque. Les utilisateurs modérés, entre une fois par mois et deux fois par semaine, font mieux que les petits et les gros utilisateurs, particulièrement pour résumer et rechercher. Les élèves qui utilisent l'IA chaque semaine pour apprendre affichent des performances comparables à celles des non-utilisants selon le rapport, et légèrement supérieures selon la lecture qu'en fait The Verge. L'OCDE rapproche ce motif de ses constats sur les écrans : l'outil soutient l'apprentissage quand il est utilisé avec intention et modération, et le dégrade quand l'usage devient excessif ou sans guidage.
L'entraînement à l'esprit critique change la donne
Le résultat le plus contre-intuitif concerne les élèves qui apprennent à évaluer la qualité des informations générées par IA. En moyenne OCDE, environ six élèves sur dix déclarent avoir eu ce type de tâche en classe, avec des écarts qui vont de 31 % à plus de 80 % selon les pays. Parmi ces élèves entraînés, ceux qui utilisent l'IA au moins une fois par semaine pour apprendre obtiennent de meilleurs scores en sciences que les non-utilisants comme que les utilisateurs occasionnels.
Ce bonus a un coût social : les élèves défavorisés déclarent moins souvent être entraînés à évaluer les contenus IA, alors que les utilisateurs fréquents viennent davantage de milieux favorisés. L'OCDE y voit le risque d'une nouvelle fracture, cette fois dans l'accès à un usage critique de l'IA.
PISA observe des associations ajustées du profil socio-économique, pas les effets d'une expérience contrôlée. L'OCDE l'écrit noir sur blanc : ces résultats ne permettent pas de déterminer la causalité. Les élèves en difficulté peuvent se tourner vers l'IA plutôt que l'inverse.
Et la France dans tout ça ?
La note pays que l'OCDE consacre à la France documente précisément la question. Les élèves français sont 37 % à utiliser au moins une fois par semaine des chatbots IA pour apprendre, contre 46 % en moyenne OCDE, et seuls 15 % déclarent ne jamais en utiliser, contre 14 % en moyenne : un usage généralisé, mais un peu moins intensif qu'ailleurs.
| Tâche scolaire (usage au moins hebdomadaire) | France | Moyenne OCDE |
|---|---|---|
| M'aider à apprendre | 37 % | 46 % |
| Recherche préliminaire sur un sujet | 29 % | 31 % |
| Rédiger des textes pour un devoir | 23 % | 29 % |
| Résumer un texte à lire | 21 % | 30 % |
Côté résultats, la France obtient 483 points en sciences, 456 en compréhension de l'écrit et 458 en mathématiques : inférieurs à 2022 en lecture et en maths, équivalents en sciences, et parmi les plus faibles jamais obtenus au test PISA. Elle reste au niveau de la moyenne OCDE en sciences (482), juste en dessous en lecture (461) et en maths (463). La distraction numérique en cours de sciences y est en outre associée à un écart de 24 points, contre 11 en moyenne OCDE, et seuls 27 % des élèves sont scolarisés dans un établissement interdisant le téléphone dans son enceinte, contre 49 %. Sur le front de la lecture, l'avant-propos du rapport cite la France parmi les pays qui ont réaffirmé la littérature et la compréhension de l'écrit comme compétences fondamentales des programmes. Le débat sur la place de l'IA à l'école, relancé notamment par le moratoire d'un an décidé à New York, dispose désormais d'une base de données mondiale, que suivent aussi les travaux de l'Observatoire de l'IA.
Faut-il interdire l'IA à l'école ?
Le rapport ne le recommande pas. Il note que les interdictions de téléphones et les chartes d'usage réduisent la distraction en classe, mais que leur lien avec la performance reste flou. Dans une vidéo publiée le 8 septembre pour accompagner le rapport, Andreas Schleicher, directeur de l'éducation et des compétences de l'OCDE, souligne l'importance d'apprendre aux jeunes à interpréter et à évaluer les informations générées par l'IA, plutôt que de se contenter de consommer des réponses toutes faites. La voie purement répressive a déjà montré ses limites, comme lors du fiasco mexicain de la surveillance d'examens par IA, qui a contraint 58 000 candidats à repasser l'épreuve.
De la même façon que nous ne nous mettons pas en forme en regardant le sport mais en faisant du sport, l'apprentissage ne naît pas de la consommation de contenus, mais d'un effort cognitif productif de l'esprit face à de nouveaux savoirs. Là où la technologie rend cet effort possible ou le renforce, les élèves progressent ; là où elle court-circuite l'effort productif d'apprendre, elle mine leur développement.Andreas Schleicher, avant-propos du rapport PISA 2025
La conclusion de l'OCDE tient dans cette nuance : la bonne question n'est pas de savoir si l'IA fait baisser ou monter les notes, mais pour quelles tâches, à quelle fréquence et avec quel entraînement on la met entre les mains des élèves. Pour choisir un assistant adapté aux révisions, notre guide des meilleures IA pour réviser ses cours détaille les usages par moment de la tâche.
Questions fréquentes
L'IA fait-elle baisser les notes des élèves ?
Les non-utilisants obtiennent généralement de meilleurs scores en sciences après ajustement socio-économique, mais PISA 2025 montre des corrélations, pas des causes, et l'usage modéré hebdomadaire pour apprendre ne montre aucun désavantage.
Les élèves français utilisent-ils beaucoup l'IA ?
Oui : seuls 15 % déclarent ne jamais l'utiliser pour l'école, et 37 % l'utilisent au moins une fois par semaine pour apprendre, contre 46 % en moyenne OCDE.
Faut-il interdire l'IA à l'école ?
L'OCDE ne le recommande pas : elle privilégie l'entraînement à évaluer la qualité des contenus générés par IA, un apprentissage moins souvent proposé aux élèves défavorisés.


