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Réglementation · 6 min de lecture

Un manager de Nvidia inculpé à Taïwan avec deux salariés de Supermicro : 74 serveurs B300 partis en Chine

Neuf personnes inculpées à Taïwan après le détournement de 74 serveurs Nvidia B300 vers la Chine, dont un manager de Nvidia et deux salariés de Supermicro.

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Le 24 août 2026, le parquet de Keelung, à Taïwan, a mis fin à son enquête sur le détournement de serveurs d'intelligence artificielle vers la Chine. Neuf personnes sont inculpées, dont un manager de la filiale taïwanaise de Nvidia et deux salariés de Supermicro, pour avoir fait livrer en Chine 74 serveurs équipés de puces Nvidia B300, dont la vente vers la Chine est interdite par le régime américain de contrôle des exportations et soumise aux vérifications exigées côté taïwanais.

À retenir · l'essentiel
L'inculpationNeuf personnes à Taïwan, dont un manager de Nvidia et deux salariés de Supermicro.
Les faits130 serveurs B300 commandés en septembre 2025, 74 livrés en Chine, 56 bloqués en douane.
Les profits21,2 millions de dollars, selon le parquet de Keelung.
Les chargesAbus de confiance et faux documents : contourner les règles américaines n'est pas un crime à Taïwan.
Les réponsesNvidia et Supermicro se disent coopérants. Supermicro affirme n'être pas une cible.
Les chiffres des deux dossiers
9
personnes inculpées à Taïwan, dont un salarié de Nvidia et deux de Supermicro
130
serveurs B300 commandés, en trois lots
74
serveurs B300 livrés en Chine : 50 via l'Indonésie, 16 en direct, 8 via le Japon puis Hong Kong
56
serveurs bloqués à la frontière taïwanaise
21,2 M$
de profits dégagés par les deux organisateurs présumés
2,5 Md$
de serveurs détournés depuis 2024, selon l'acte d'accusation américain

Le mécanisme : une commande de 130 serveurs, un contrôle contourné

Tout part d'une règle de procédure. Selon le document du parquet relayé par l'Associated Press, toute vente de serveurs d'IA haut de gamme par Nvidia passe par une revue stricte, et tout achat au-delà de huit serveurs impose une vérification sur site par les équipes de l'entreprise.

Deux hommes d'affaires surnommés Chen ont vu l'opportunité. Leur société, Feihu Technology, a obtenu une place sur la liste blanche des acheteurs agréés par Nvidia ; le patron de fait, lui aussi surnommé Chen, est en fuite. Le directeur général d'Albatron Technology, distributeur taïwanais coté, a acheté les machines à la filiale taïwanaise de Supermicro et avancé les fonds pour masquer leur origine ; un chef de projet de Chief Telecom faisait semblant d'exploiter les machines pour passer la visite de contrôle. En septembre 2025, la commande de 130 serveurs B300 passe, en trois lots de 2, 64 et 64 unités.

Le manager de Nvidia, M. Chang, identifié par son nom de famille seul dans le dossier, aurait demandé le quota d'achat pour Feihu et participé aux vérifications sur site, au côté de collègues non informés, selon la presse taïwanaise. Les procureurs en font la « figure clé », responsable d'avoir « autorisé la libération des puces B300 ».

Le parquet chiffre les profits des deux organisateurs à 21,2 millions de dollars une fois déduit le prix payé à Albatron, et réclame la peine maximale de cinq ans pour quatre des inculpés, dont M. Chang ; la presse taïwanaise détaille des demandes allant d'un an et demi à six ans. Trois prévenus sont aussi poursuivis pour avoir vidé le distributeur via quatre fausses factures.

𝕏Ars Technica (@arstechnica) · 24 août 2026 · traduit de l'anglais
Un senior manager de Nvidia lié au réseau Supermicro qui faisait passer en contrebande des serveurs d'IA vers la Chine.
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Ce qui est établi, ce qui reste à démontrer

Le dossier d'inculpation est un acte d'accusation, pas un jugement.

PointCe qu'établissent les piècesCe qui reste ouvert
Les 74 serveursLivrés à des acheteurs en Chine via trois itinérairesL'identité et l'usage exacts des clients finaux
Le manager de Nvidia« Figure clé », selon les procureurs, dans la libération des B300Sa connaissance des acheteurs réels et son intention
Les salariés de SupermicroDeux personnes inculpées avec M. ChangSupermicro les présente comme d'anciens salariés
Supermicro, le groupeNie être une cible ; l'inculpation ne le vise pas à ce stadeUne évolution si le procès révèle d'autres responsabilités
Nvidia, le groupeAucune mise en cause de l'entreprise
!
Inculpation ne veut pas dire condamnation

Neuf personnes sont inculpées, aucune n'est jugée. Nous ne prédisons pas l'issue : le dossier pose des faits, la responsabilité de chacun se tranchera au tribunal.

Nvidia a répondu par communiqué, par la voix de son porte-parole Patrick Rutherford : « Nous travaillerons avec les autorités taïwanaises pour aider à résoudre les allégations aussi vite que possible », en ajoutant que ses employés ont « tout intérêt à travailler avec diligence avec les clients ». Supermicro assure que sa coopération a permis l'arrestation de « deux de ses anciens employés » et que le groupe n'est pas une cible.

Le communiqué officiel publié par Supermicro le 28 mai 2026 : le constructeur confirme avoir travaillé avec les autorités taïwanaises, ce qui a conduit à l'arrestation de trois suspects et à la saisie de 50 serveurs.
Le communiqué officiel publié par Supermicro le 28 mai 2026 : le constructeur confirme avoir travaillé avec les autorités taïwanaises, ce qui a conduit à l'arrestation de trois suspects et à la saisie de 50 serveurs.

L'autre dossier : 2,5 milliards de dollars et un cofondateur américain

L'affaire taïwanaise est liée, mais distincte, de la poursuite américaine dévoilée le 19 mars 2026. Le DOJ a alors annoncé l'inculpation de trois hommes, dont Yih-Shyan « Wally » Liaw, cofondateur de Supermicro en 1993 et membre du conseil depuis 2023, pour un complot de détournement de serveurs vers la Chine via des sociétés-écrans d'Asie du Sud-Est.

Sans nommer Supermicro, le DOJ décrit Liaw comme « cofondateur, membre du conseil et vice-président senior du développement commercial d'un fabricant américain coté » ; Ruei-Tsang « Steven » Chang est directeur général du bureau taïwanais de ce fabricant, Ting-Wei « Willy » Sun un courtier. Selon l'acte d'accusation, documents fabriqués, équipements bidon pour passer les audits d'inventaire et société de passage pour masquer la clientèle réelle. La valeur dépasse 2,5 milliards de dollars depuis 2024, dont plus de 510 millions vendus entre fin avril et mi-mai 2025, selon les documents cités par CNBC TV18.

Liaw a plaidé non coupable et quitté le conseil ; Supermicro a mis ses salariés en congé, mis fin au contrat du courtier, et une enquête interne n'a « trouvé aucune preuve » que la direction actuelle ait connu le schéma.

Cela n'a pas seulement augmenté les coûts de conformité des entreprises, mais aussi gravement nui à l'image internationale de notre pays.
Procureurs taïwanais (cités par l'AFP)

Puce, modèle ou accès à distance : trois régimes à ne pas confondre

Depuis 2022, vendre des semi-conducteurs à la Chine exige une licence américaine. En avril 2025, elle est devenue obligatoire pour les puces H20, avant que certaines ventes ne soient à nouveau autorisées ; les B300, eux, restent interdits, et le seuil de huit serveurs impose des vérifications physiques du client : c'est cette case que l'affaire montre contournée.

À ne pas confondre avec un autre épisode : le 30 juin 2026, le Département du Commerce a levé les contrôles à l'export sur les modèles d'Anthropic, ce qui a permis le retour de Fable 5. Cette décision concernait des logiciels, pas des puces, comme nous l'avons documenté dans notre article sur le retour de Fable 5. Le durcissement porte désormais sur l'accès à distance : des analystes cités par CNBC soutiennent qu'il est devenu un levier clé des modèles d'Alibaba, ByteDance et Tencent, que le projet de loi Remote Access Security Act veut faire entrer dans les contrôles américains. Surtout, violer les règles américaines n'est pas une infraction pénale à Taïwan : les procureurs ont dû s'appuyer sur l'abus de confiance et la falsification, ce que des élus locaux veulent faire évoluer.

Le fil des deux affaires
Septembre 2025Commande de 130 serveurs B300 validée après une visite de contrôle truquée.
19 mars 2026Le DOJ dévoile l'inculpation de Wally Liaw et de deux autres hommes (2,5 Md$).
Avril 2026Les douanes taïwanaises détectent des irrégularités sur une exportation vers le Japon.
Mai 2026Trois suspects arrêtés, 50 serveurs saisis, premier communiqué de Supermicro.
24 juillet 2026La filiale taïwanaise de Nvidia perquisitionnée, le manager M. Chang arrêté.
24 août 2026Le parquet de Keelung inculpe neuf personnes ; Nvidia et Supermicro répondent par communiqué.

Ce que cela change pour ceux qui achètent des serveurs IA

Pour le lecteur français, l'effet est indirect mais réel. Les coûts de conformité augmentent, comme le constatent les procureurs eux-mêmes, et se répercutent sur un secteur déjà sous tension : Nvidia a averti ses clients de hausses de plus de 15 % sur les serveurs IA, liées cette fois à la flambée de la mémoire, pas aux contrôles. Les montages de grande infrastructure doivent intégrer ce risque juridique, comme le montre notre décryptage des 500 milliards de Wall Street.

Surtout, l'affaire rappelle que le contrôle des exportations se joue moins dans les textes que dans les maillons intermédiaires : un distributeur, un cadre local, un centre de données, une société dans un pays tiers. Lauren Barden-Hair, auteure d'une tribune dans The Hill citée par Ars Technica, y voit une société anonyme d'Asie du Sud-Est « au cœur de l'opération ».

Questions fréquentes

Un salarié de Nvidia est-il vraiment inculpé ?

Oui. Un manager de la filiale taïwanaise de Nvidia, M. Chang, figure parmi les neuf inculpés du 24 août 2026 ; Reuters et Ars Technica le qualifient de senior manager, le document officiel de « figure clé ».

Supermicro est-elle poursuivie en tant qu'entreprise ?

Non à ce stade. Deux de ses salariés implantés à Taïwan sont inculpés ; l'entreprise affirme n'être pas une cible et avoir coopéré.

Combien de serveurs ont été détournés ?

130 commandés, 74 livrés en Chine, 56 bloqués à la frontière taïwanaise : ces chiffres viennent du parquet.

Pourquoi des faux documents plutôt que de la contrebande ?

Violer les règles américaines n'est pas une infraction pénale à Taïwan : les procureurs s'appuient sur l'abus de confiance et la falsification.