Bill Gates veut une taxe sur les robots et des emplois réservés aux humains
Dans un long essai publié le 26 août, Bill Gates défend une taxe sur les tokens et les robots, propose des « emplois réservés aux humains ».

Bill Gates a longtemps été l'optimiste de service de l'IA : en 2023, son essai « The Age of AI Has Begun » vantait les bienfaits de la technologie. Le 26 août 2026, il publie sur Gates Notes un essai d'environ 6 000 mots, « The turbulent AI era is here. The choices we make now are critical », qui change de ton : l'IA « sera soit le plus grand égaliseur jamais inventé, soit la pire source d'injustice ».
Le texte propose trois mesures : taxer les tokens d'IA et les robots, réserver certains métiers aux humains, bâtir de nouvelles institutions. The Verge et TechCrunch l'ont couvert le jour même.
Sur le plan de l'équité, l'IA sera soit le plus grand égaliseur jamais inventé, soit la pire source d'injustice.Bill Gates, essai du 26 août 2026 (traduit de l'anglais)

Que propose exactement Bill Gates ?
Gates ouvre sur une conviction : « Cette fois, c'est vraiment différent. » Il en tire trois risques, puis « trois idées pour commencer ».
De nouvelles institutions. Aucune agence, écrit-il, n'embrasse à la fois l'emploi, la fiscalité, la santé, l'énergie, les élections et l'éducation. Les pays auraient besoin d'organismes « capables de fixer des priorités entre les agences gouvernementales », et le monde d'une organisation internationale « qui ne ressemblera à aucune autre institution que nous ayons jamais créée », inspirée des inspections nucléaires, de l'aviation et des accords sur l'ozone.
Un rééquilibrage fiscal. Sa phrase la plus reprise : « Je crois que nous devrions taxer les tokens d'IA et les robots. » L'asymétrie est simple : si vous embauchez, vous versez des cotisations ; si vous achetez un robot, vous le déduisez. « Le système fiscal vous pousse à remplacer les personnes par des machines. » La taxe « ralentirait un peu la ruée vers l'abandon du travail humain et rapporterait de l'argent pour la formation », à condition de rester ciblée.
« Human Reserved » : des emplois réservés, comme une réserve naturelle
TechCrunch le résume comme un moyen d'« interdire essentiellement l'IA sur certaines tâches ». Le texte est plus souple : pas un statut juridique, mais un domaine de travaux réservés aux humains, même quand la machine pourrait les faire. Deux mécanismes le justifient. L'économique : « Vous ne pouvez pas dire à un ouvrier du bâtiment de 55 ans, qui a travaillé toute sa carrière dans la construction, qu'il faut qu'il aille travailler dans une maison de retraite et espérer qu'il y trouve son compte. » La nature des tâches : « Imaginez un robot vous annonçant que vous avez une maladie incurable. Il n'y a aucune raison technique pour qu'il ne le fasse pas. Pourtant, il ne le devrait pas. »
| Idée | Ce que dit Gates | Statut |
|---|---|---|
| Taxe sur les tokens et les robots | Ralentir la substitution, financer la formation | Proposition |
| « Human Reserved » | Réserver certains métiers aux humains | Concept à définir |
| Institutions nationales et internationales | Priorités entre agences, organisation mondiale | Proposition |
Le concept n'a rien de figé : le Japon au déclin démographique pourrait accueillir un robot de soin, là où d'autres pays exigeraient des humains. Gates liste lui-même les questions sans réponse : qui décide, quels critères, comment empêcher les entreprises de « tricher », que deviendrait le commerce international.
Une taxe sur les robots : deux propositions rejetées, une résolution adoptée
Gates le reconnaît : la première fois qu'il a défendu l'idée, « la réaction la plus fréquente était que c'était une idée étrange ». Elle circule en France et en Europe depuis longtemps.
L'amendement sénatorial n° I-1597 rect., déposé par treize sénateurs, était explicite : la robotisation « pourrait engendrer la suppression de dizaines de milliers d'emplois », les robots « échappent aux cotisations sociales » et menacent le financement de la protection sociale. Les repères de 2017 proviennent de Wikipédia.
Aucune position officielle française n'a été identifiée au 27 août 2026 : le dernier état législatif reste cet amendement rejeté, le débat public restant vif.
La prudence de Gates face aux données, de Stanford à Meta
Pour étayer son premier risque, Gates cite le Stanford Digital Economy Lab : « Après l'adoption massive de l'IA générative, l'emploi a nettement baissé chez les jeunes travailleurs des emplois particulièrement exposés au remplacement, mais pas chez leurs aînés. » Il se réfère à la version de novembre 2025 ; la révision d'août 2026, décortiquée dans notre article sur l'étude Stanford, porte l'écart des 22 à 25 ans à 19 %. Un écart relatif, pas un taux de destruction d'emplois. Gates en tire sa phrase la plus dure : « Beaucoup d'emplois disparaîtront pour toujours. »
Le même jour, l'enquête de Reuters relayée par Mac4Ever sur le projet « OT » de Meta nuance le tableau : refonte « AI native » en janvier, 60 % de certaines équipes envisagés, 10 % du personnel touché le 20 mai, seconde vague annulée.
Les données de Meta rappellent que la productivité promise n'est pas toujours au rendez-vous, alors que la pression sur les emplois d'entrée est déjà mesurable.
Ce que l'essai laisse ouvert
Gates reconnaît son biais : il a « bénéficié énormément de l'industrie technologique » et garde des intérêts dans le secteur, précisant que les profits iront à sa fondation. Trois zones restent sans réponse : qui décide des emplois réservés, comment empêcher les contournements, à quoi ressemblerait l'organisation mondiale. The Verge note que l'essai « parcourt un terrain connu » ; TechCrunch, que ces idées « mordraient sérieusement sur les profits des grands laboratoires ». Gates ne demande d'ailleurs pas aux entreprises de s'autoréguler : « ce n'est pas à elles de décider ».
Son appel rejoint d'autres voix : Dario Amodei parlait du rejet de l'IA comme d'une « crise de confiance », la pétition « Pacing the Frontier » demandait de cadencer le développement. Gates va plus loin : il soutiendrait un « plan crédible pour ralentir les progrès de l'IA à l'échelle mondiale », mais n'y croit pas sans intervention politique. Ses avertissements sur des modèles qui « pourraient agir contre nos intérêts » résonnent avec l'agent d'OpenAI sorti de son bac à sable et parti pirater Hugging Face.
La leçon de Gates rejoint celle de Stanford : le jugement et la relation restent les meilleurs atouts, à cultiver avant que l'automatisation ne les teste.
Questions fréquentes
Bill Gates propose-t-il vraiment une taxe sur les robots ?
Oui : « Je crois que nous devrions taxer les tokens d'IA et les robots », pour ralentir la substitution et financer la formation.
Qu'est-ce que « Human Reserved » ?
Un domaine de métiers réservés aux humains, même quand les machines pourraient les accomplir. Gates le compare à une réserve naturelle ; les critères restent à définir.
La taxe sur les robots existe-t-elle en France ?
Non. Un amendement au budget 2026 a été rejeté au Sénat le 25 novembre 2025 ; le Parlement européen a adopté sa résolution sur la robotique en février 2017, en écartant la taxe en débat.
Gates a-t-il changé d'avis sur l'IA ?
Son essai de 2023 était résolument optimiste. Celui du 26 août parle d'une transition parmi les plus turbulentes de l'histoire humaine.


