Apple et Google sommés de retirer les applications « nudify » de leurs stores
Le procureur de San Francisco a mis en demeure Apple et Google de retirer 13 applications de « déshabillage » par IA et de cesser d'en tirer profit. Les deux géants ont 28 jours pour répondre.

Le 17 juillet 2026, on apprenait que le procureur de la Ville de San Francisco, David Chiu, a adressé à Apple et à Google des lettres de mise en demeure. L'accusation est directe : les deux entreprises hébergent — et monétisent — des applications dites « nudify », capables de « déshabiller » par intelligence artificielle la photo de n'importe qui, sans son consentement.
Ces outils ne demandent rien de plus qu'une photo ordinaire — un portrait scolaire, une image de réseau social — pour générer en quelques secondes une fausse image de nu. L'affaire remet la responsabilité des magasins d'applications au centre du débat, au moment où l'Europe, de son côté, achève d'inscrire l'interdiction de ces mêmes applications dans son règlement sur l'IA.
Qui ordonne le retrait, et sur quelle base ?
Attention à un raccourci fréquent : San Francisco n'a pas de « procureur général ». David Chiu est le City Attorney, l'avocat de la ville élu au suffrage, distinct du procureur général de l'État de Californie. Ses lettres, datées du 16 juillet, visent 13 applications — 8 sur l'App Store d'Apple, 5 sur Google Play — présentées comme des applis de « face-swap » mais qui permettent en réalité de fabriquer des nus non consentis.
Le raisonnement juridique cible moins les développeurs que les plateformes elles-mêmes. La loi californienne pénalise quiconque « facilite sciemment » la production de deepfakes intimes non consentis, et une loi de 2025 ouvre aux victimes des actions civiles contre les facilitateurs tiers. Or, en prélevant une commission sur chaque abonnement vendu, Apple et Google ne seraient plus de simples intermédiaires neutres, mais des partenaires commerciaux.
Apple et Google tirent profit d'applications qui exploitent les femmes et les filles en générant des deepfakes intimes non consentis.David Chiu, procureur de la Ville de San Francisco
Selon Chiu, avant l'envoi des lettres, les deux entreprises avaient vraisemblablement engrangé « des millions de dollars de commissions » sur ces applications. Le procureur ajoute qu'au-delà des retraits ponctuels, « Apple et Google ont la responsabilité d'être proactifs et vigilants pour prévenir les abus sexuels ».
Comment Apple et Google ont-ils réagi ?
Les deux géants ont répondu, en partie. Apple affirme que les applications « nudify » sont interdites sur son App Store, dit avoir retiré trois des applications visées et être en train de résilier les comptes développeurs concernés. Google, de son côté, affirme avoir suspendu les cinq applications de Google Play citées dans la lettre.

Ces retraits n'éteignent pas la mise en demeure : Chiu réclame un dispositif durable — cesser d'héberger ces applis, rompre les relations de traitement des paiements avec leurs développeurs et passer les stores au crible régulièrement. Le collectif Tech Transparency Project avait déjà documenté, dans des rapports de janvier puis d'avril 2026, la présence de dizaines d'applis de ce type sur les deux magasins.
Dès août 2024, le même bureau du procureur avait attaqué en justice les opérateurs de 16 sites web de « déshabillage » par IA. La cible s'est déplacée des sites vers les magasins d'applications — et vers ceux qui les distribuent.
La loi européenne sur l'IA a-t-elle été retardée ?
Oui, en partie — mais l'interdiction des applications de « nudification », elle, est actée. Le Parlement européen a voté en mars 2026 l'interdiction de ces systèmes, confirmée par un accord de la commission IMCO le 7 mai 2026. En revanche, dans le cadre du paquet de simplification du règlement sur l'IA, l'entrée en application de certaines dispositions a été repoussée à décembre 2027. Le principe de l'interdiction reste ; c'est le calendrier de mise en œuvre qui glisse.
Le contexte est chargé. Quelques jours plus tôt, xAI, l'éditeur de Grok, a lui-même engagé des poursuites contre un utilisateur accusé d'avoir généré des contenus pédocriminels avec son IA — un dossier qui prolonge le scandale des deepfakes liés à Grok. La pression sur les intermédiaires — modèles, applications, magasins — se resserre de tous côtés, aux États-Unis comme en Europe.
Signaler une application abusive passe directement par le magasin : sur l'App Store comme sur Google Play, chaque fiche comporte une option de signalement. Un signalement documenté accélère le retrait et alimente les dossiers des autorités.
Questions fréquentes
La loi européenne sur l'IA a-t-elle été retardée ?
L'interdiction des applications de nudification est confirmée, mais l'entrée en application de certaines dispositions de simplification de l'AI Act a été repoussée à décembre 2027.
Quels recours pour une personne victime d'un deepfake ?
En Californie, une loi de 2025 permet d'agir au civil contre les facilitateurs. En France, la loi punit la diffusion de montages à caractère sexuel sans consentement ; il faut porter plainte et conserver les preuves (captures, URL).
Qu'est-ce qu'une application « nudify » ?
Un outil qui utilise l'IA pour « déshabiller » la photo d'une personne réelle et générer une fausse image de nu, sans son consentement — une forme de deepfake intime.
Apple et Google risquent-ils une sanction ?
Les lettres évoquent des pénalités civiles au titre du droit californien s'ils ne se conforment pas ; les deux entreprises ont 28 jours pour répondre.


