AIR lève 50 millions de dollars pour sécuriser les agents IA
AIR sort du stealth avec 50 M$ levés en deux tours seed menés par Sequoia et Greenoaks. Sa cible : les skills, MCP et add-ons que les agents IA installent.

La sécurité des agents IA vient d'attirer 50 millions de dollars de plus. AIR, une start-up israélienne jusqu'ici en mode furtif, a annoncé ce mardi 1ᵉʳ septembre sa sortie du stealth avec deux tours seed : 10 M$ menés par Sequoia, puis 40 M$ menés par Greenoaks, clos à quelques semaines d'intervalle selon le PDG Yair Saban, interrogé par TechCrunch. Lui et le CTO Niv Hoffman sont passés par l'unité 8200, le corps de renseignement cyber de l'armée israélienne, où ils travaillaient sur la cyberattaque offensive.
Leur pari tient en une phrase : les agents IA deviennent un système d'exploitation, et personne ne vérifie ce qu'ils installent. Skills, plug-ins, serveurs MCP, add-ons divers : cet écosystème en formation constitue une chaîne d'approvisionnement neuve, que la plupart des équipes de sécurité ne voient pas encore.

Deux tours seed en quelques semaines, sans valorisation publiée
Sequoia a mené le premier tour (10 M$), Greenoaks le second (40 M$). Le communiqué officiel ajoute les fonds Swish Ventures et Netz Capital, et le billet du PDG cite aussi TTP. Côté business angels, TechCrunch relève Zach Frankel (président de Cognition), Yinon Costica (cofondateur de Wiz), Ofir Ehrlich (cofondateur d'Eon), Varun Anand (cofondateur de Clay), Anne Neuberger ou Omer Adam. Aucune valorisation n'a été rendue publique.
L'argent servira surtout à recruter des chercheurs et à développer l'activité commerciale aux États-Unis et en Europe, toujours selon TechCrunch. Le communiqué signale aussi l'arrivée de Ryan Knisley (ex-directeur de la sécurité de Walt Disney Company et de Costco) comme chief strategy officer. Le compte officiel d'AIR a annoncé la nouvelle le 1ᵉʳ septembre à 18 h 06, heure de Paris.
WE'RE ON AIR ! AIR sort officiellement du stealth, avec 50 M$ de financement menés par @sequoia et @Greenoaks. Nous avons lancé AIR avec une conviction simple : plus les agents IA gagnent en capacité, plus le modèle de sécurité qui les entoure doit évoluer. Les agents ne se contentent plus de générer des réponses. Ils se connectent à des outils, des skills, des MCP, des plug-ins, des sites web et des données internes, et posent de vraies actions dans l'entreprise. Aujourd'hui, nous présentons le pare-feu de contexte pour agents IA : une nouvelle couche de sécurité conçue pour analyser en continu ce qui entre dans le contexte d'un agent, contrôler ce qui peut s'exécuter et arrêter les menaces en temps réel avant qu'elles ne se transforment en actions. Nous sommes très reconnaissants envers nos investisseurs, partenaires, clients et tous ceux qui nous ont fait confiance tôt. C'est une étape énorme pour notre équipe, et un commencement encore plus grand. Notre histoire complète en premier commentaire.Voir le post sur X
Un pare-feu pour ce qui entre dans le contexte d'un agent
La plateforme se décrit comme un « context firewall » : elle s'interpose entre les agents et le monde extérieur. Elle commence par la visibilité : trouver les agents actifs dans le système d'information, y compris ceux installés sans accord de la DSI, via des outils non validés ou des comptes personnels. Puis deux couches de contrôle décrites par TechCrunch : une couche d'application qui s'accroche aux agents pour intercepter et analyser leurs actions (chargement d'un skill, récupération de contenu sur internet), et une liste blanche tenue par AIR que chaque outil doit passer.
Le point clé est la remise en vérification permanente : un skill approuvé peut devenir dangereux si le paquet qu'il télécharge change ou si le compte de son développeur est compromis. Selon Yair Saban, la plateforme filtre aujourd'hui environ 27 % des add-ons et skills trouvés en ligne. Il compare la situation aux pilotes de périphériques des années 2000 : hier, ils s'installaient sans signature ; aujourd'hui, chacun est signé parce qu'il charge du code dans le noyau. Les skills et serveurs MCP posent exactement le même problème, et la leçon n'a pas été apprise, dit-il.
Ce n'est pas un problème d'analyse, c'est un problème de revérification continue. Inspecter chaque skill, chaque plug-in, chaque serveur MCP et chaque sous-agent touchés par les agents d'une entreprise, réinspecter chacun à chaque changement, en temps réel et sur toute une flotte d'agents, c'est un problème d'infrastructure bien avant d'être un problème de sécurité.Bogomil Balkansky, partner chez Sequoia, à TechCrunch
L'éditeur propose aussi une marketplace d'add-ons et de skills prévérifiés, une voie d'installation « sûre » pour les entreprises. Là encore, le modèle rappelle l'histoire des app stores : la vérification centralisée devient le produit.
Avant de lever, AIR a passé un an à documenter la menace
Ce qui distingue la sortie d'AIR d'une simple annonce de financement, c'est le volume de recherche publié avant, sur son propre blog. Trois démonstrations donnent la mesure du risque, toutes à attribuer à l'éditeur lui-même.
Fin août, l'équipe décrit le « MCPjacking » : 155 serveurs MCP détournables dans le registre MCP officiel, utilisé par des millions d'agents. Chacun reposait sur un nom de domaine expiré ; les chercheurs l'ont réenregistré, publié leur propre serveur, et obtenu une exécution d'instructions à distance sur tout agent qui leur faisait confiance. Fin juillet, le « RepoJacking » montrait 178 skills détournés par les dépôts de code dont ils dépendent, avec 23 812 agents affectés. Dès mi-juillet, AIR signalait des skills trouvés « in the wild » qui se réclamaient des marques Anthropic ou OpenAI pour passer les contrôles et exécuter du code arbitraire. Le communiqué ajoute une étude relevant plus de 17 800 add-ons IA publics, représentant 6,7 millions d'installations, appuyés sur des sources d'instructions externes non fiables.
Le mécanisme rappelle l'expérience que nous relations fin août : des agents de code avaient installé des paquets que personne ne possédait, parce que des fichiers de documentation officiels, les llms.txt, les recommandaient déjà (llms.txt : des agents IA ont installé du code que personne ne possédait). Dans les deux cas, l'agent exécute ce que dit une source officielle, et personne ne revérifie la chaîne en dessous.
Ces démonstrations viennent d'une société qui vend la protection contre la menace qu'elle décrit. Elles sont détaillées, reproductibles en partie, et cohérentes avec des incidents documentés indépendamment, mais le chiffre des 27 % d'add-ons filtrés comme la taille du marché invoquée restent des affirmations d'AIR, pas des mesures indépendantes.
Un marché naissant, déjà disputé
AIR n'arrive pas seule : TechCrunch cite Noma Security (découverte des agents, contrôle d'accès, supervision en exécution), Zenity (sécurité et gouvernance), Astrix Security (identité des agents et serveurs MCP) et Operant AI. L'argent suit la même pente : Zenity a levé une série C de 125 M$ en août, Noma une série B de 100 M$ l'an dernier. AIR, avec ses 50 M$ seed, se pose en candidat sérieux d'une catégorie qui se dessine, et que nous avons déjà vue à l'œuvre à l'échelle d'un particulier (un agent IA a piraté la salle de sport de son propriétaire).
Yair Saban chiffre lui-même l'enjeu sur le blog d'AIR : tout le marché de la sécurité IA pèserait aujourd'hui moins de 100 M$ de chiffre d'affaires annuel cumulé, et dépasserait le milliard d'ici la fin 2027. Une projection d'entrepreneur, pas une étude. La demande vient surtout des secteurs réglementés, finance et pharmacie en tête, selon ses déclarations à TechCrunch, et environ un quart des plus de 20 clients sont de grandes entreprises. Pour un lecteur français, la question n'est pas « faut-il acheter AIR » : c'est de savoir qui, dans son organisation, répond à cette question simple : quels agents tournent chez nous, et que leur laisse-t-on installer ?
Chaque entreprise a un pare-feu qui protège son réseau. Il lui en faut désormais un qui protège ses agents IA.Yair Saban, cofondateur et PDG d'AIR, dans le communiqué
Cette levée s'inscrit dans une année où le financement des infrastructures agents s'accélère, à l'image de l'assistant d'entreprise Instinct (350 M$ cumulés en août, série B à 2,5 Md$ de valorisation). Le pare-feu de contexte d'AIR en est une brique : à suivre, maintenant que la start-up est visible.
Questions fréquentes
Qui a mené les deux tours d'AIR ?
Sequoia a mené le premier (10 M$) et Greenoaks le second (40 M$), clos à quelques semaines d'intervalle. Swish Ventures, Netz Capital et TTP participent, avec des business angels dont Zach Frankel (Cognition) et Yinon Costica (Wiz).
Qu'est-ce que le MCPjacking décrit par AIR ?
Une démonstration de la société : 155 serveurs MCP du registre officiel reposaient sur des domaines expirés que les chercheurs ont réenregistrés, ce qui leur permettait de diffuser leurs propres instructions à tout agent qui s'y connectait.
Combien AIR a-t-elle de clients ?
Plus de 20, dont environ un quart de grandes entreprises, selon AIR, avec une demande marquée des secteurs réglementés comme la finance et la pharmacie.


